Petite grammaire berbère. 2ème partie : la syntaxe

plan de la syntaxe

  1. Le prédicat
  2. Le sujet
  3. L’objet
  4. La préposition i / mu
  5. Les compléments autonomes
  6. Place des différents compléments du verbe
  7. Subordonnées sans subordonnant
  8. Subordonnées à pseudo- subordonnant
  9. Subordonnées à subordonnant
  10. L’apposition
  11. Le complément déterminatif
  12. Les propositions relatives
  13. La coordination

 

Chapitre 1.  Le prédicat  

1.Mise au point théorique.

L’élimination des expansions dans un énoncé nous livre des ensembles qu’on peut appeler énoncés minimums ou syntagmes prédicatifs ; ces syntagmes prédicatifs sont de formes variées et très souvent ils se laissent segmenter en deux parties. Par exemple, Pierre part : Pierre // part et dans ce cas les linguistes disent que part est le prédicat et Pierre l’actualisateur, car toutes les expansions d’un tel énoncé se rattacheront en dernière analyse au verbe part.

Mais dans bien des cas l’élimination des expansions nous livre des ensembles où la hiérarchisation des deux parties constitutives (en actualisateur + prédicat) n’est pas facile à établir.

Soit en français, l’énoncé il y a du pain : qu’est-ce qui – à partir d’une définition préalablement donnée du prédicat — nous permet de décider que pain est le prédicat et il y a l’actualisateur ? Ne vaudrait-il pas mieux poser un type de syntagme prédicatif qu’on se contenterait de décrire en termes formels : un présentatif existentiel il y a et un nom pain, sans établir de hiérarchie entre les deux ?

En l’absence de procédures formelles fiables les descripteurs décident de façon arbitraire, suivant leur humeur, d’accorder le statut de prédicat à l’un ou l’autre des deux éléments qui constituent le syntagme prédicatif. Prenons l’exemple de l’arabe dialectal marocain :

 ɛand i lflus[1] “chez moi argent” -> “j’ai de l’argent”.

Certains feront de lflus le prédicat et de ɛand-i l’actualisateur en s’appuyant sur le fait que le nom lflus est susceptible de recevoir plus d’expansions que le pronom personnel i “moi”. D’autres feront de ɛand-i “chez moi” le prédicat en arguant que le syntagme ɛand-i s’est grammaticalisé en une espèce de verbe susceptible d’être déterminé par la négation ma…š :

ma  ɛand-i š lflus “je n’ai pas d’argent”.

En berbère on note la présence de prépositions dans de nombreux syntagmes prédicatifs :

ɣr s Ras “dans lui tête” -> “il est intelligent”.

Dans cet exemple le descripteur est tenté de faire du syntagme prépositionnel ɣr-s un actualisateur et du nom ṛṛas le prédicat. Mais dans les trois exemples suivants on préfère accorder le statut de prédicat au syntagme régi par la préposition :

kuL lmudir s iĞ Lɛadad “chaque directeur avec un nombre” -> “chaque directeur a son contingent d’élèves”.

kuL iĞ s taDart N-s “chacun avec maison de-lui” -> “chacun a sa maison”

lfikra N-š am ti n-sn “opinion de-toi comme celle de-eux” -> “ton opinion est comme la leur”.

Il semble qu’on soit amené à cette analyse par des considérations logico-sémantiques : on présente un thème (lfikra N-š “ton opinion”) et on dit quelque chose de ce thème (am ti n-sn “comme la leur”).

Je pose ici la même question que plus haut : disposons-nous d’une définition du prédicat qui nous permette de trancher dans ces cas douteux ? Dans certains tours la préposition se répète devant chacun des deux termes du syntagme prédicatif :

am timLalin din Taṛw, am Riš n tqunbɛt “comme oeufs que elle-pond, comme plumes de alouette” -> “les oeufs que pond l’alouette ont la même couleur que ses plumes.”

En français nous avons des corrélations analogues : plus on est de fous plus on rit ; et l’analyse s’appuie sur la sémantique (plus on rit est la conséquence de plus on est de fous) et la morphologie (ordre des deux propositions, la conséquence venant après la cause) pour établir

, entre les 2 propositions, une hiérarchie qui n’est pas évidente.

Dans certains énoncés interrogatifs berbères, constitués d’un pronom interrogatif et d’un participe, le descripteur a du mal à dégager le prédicat :

maš idhṛn ? ( < may aš idhṛn ) “quoi à-toi semblant ?” -> “qu’en penses-tu ?”

wakid s imuN ? ( < wi akid s imuN ) “qui avec lui étant-allé ?” -> “qui l’a accompagné ?”

Dans ce dernier exemple on pourrait aussi bien considérer comme le prédicat l’un ou l’autre des deux termes : soit le participe imuN (“qui est le étant allé ?”), soit le pronom interrogatif wi (“le étant allé c’est qui ?”).

Il est probable que nous avons ici une focalisation : “c’est qui le étant allé ?” -> “qui est-ce qui est allé ?”

Pour faire apparaître cette focalisation on peut comparer avec l’énoncé suivant où le focalisateur ay n’est pas amalgamé :

man-di-sn ay D iṛaḥn ? “lequel-d’entre-eux (focalisateur) vers-ici le étant-venu ? -> “c’est lequel d’entre eux qui est venu ?”

Ceci m’amène à ma dernière remarque : quand il est clair qu’on a affaire à un énoncé à focalisation, il vaut mieux considérer cette focalisation comme une opération spécifique s’ajoutant aux relations syntaxiques de base. Soit l’énoncé c’est demain que je pars ; si on supprime la focalisation qui affecte ici l’élément demain, on obtient l’énoncé de base je pars demain où le prédicat pars se laisse facilement dégager. Cette analyse resterait valable même pour les cas où la focalisation est purement formelle et mécanique comme dans les tours interrogatifs berbères où l’emploi du focalisateur ay est obligatoire :

mlmi ay uḍant ? “quand (focalisateur) elles-furent-démolies ?” ->”c’est quand qu’elles furent démolies ?” -> “quand furent-elles démolies ?”

mism ay džu lxdnt u n Šifur ? “comment (focalisateur) il-est travail ce de chauffeur ?” -> comment est ce travail de chauffeur ?”

mšḥal ay di-s dzrɛd ? “combien (focalisateur) dans-lui tu-as-semé ?” > “combien [de mesures] y as-tu semées ?”

 

Conclusion.

Nous ne disposons pas d’une définition du prédicat qui soit opérationnelle dans tous les cas. Nous devons donc, à partir des difficultés rencontrées dans la description des langues, travailler à améliorer nos instruments d’analyse. En attendant, dans beaucoup de cas, il serait plus prudent de ne pas pousser l’analyse au-delà des syntagmes prédicatifs.

Telle est la position que j’adopte ici en me contentant de décrire les différents types de syntagmes prédicatifs (ou énoncés minimum).

 

2. Types de syntagmes prédicatifs (plan)

 

  1. Syntagmes prédicatifs verbaux

1.1. Cas général

1.2. Cas particulier des verbes sans sujet : nḥya, Fu, swa

1.3. Substituts de verbes : kadalik, ktṛ, bzayd

1.4. Participe avec ur…xas

 

  1. Syntagmes prédicatifs non-verbaux

2.1. Présentatifs : ula, ha, d

2.2. Syntagmes prédicatifs à préposition

2.3. Syntagmes prédicatifs nominaux (sans présentatif ni préposition)

2.4. Syntagmes prédicatifs à mot interrogatif

_______________

 

1. Syntagmes prédicatifs verbaux

1.1. Cas général

Dans le cas général un verbe et son indice personnel sujet suffisent pour constituer un centre d’énoncé (un syntagme prédicatif) :

i-ṛaḥ « il est parti », t-ṛaḥ « elle est partie ».

 

1.2. Cas particulier des verbes sans sujet : nḥya, Fu, swa

Complétés par un objet ces verbes constituent des syntagmes prédicatifs sans sujet :

nḥya N awal Nx « une différence caractérise notre langue -> notre langue est différente ».

awal Nx nḥya t « notre langue, elle est différente ».

Fu t id žar asn « le matin il se trouva entre eux ».

miDn swa tn « les hommes sont égaux ».

ur tn swi « ils ne sont pas égaux ».

 

1.3. Substituts de verbes : kadalik, ktṛ, bzayd

Ces 3 unités dotées d’un sens comparatif peuvent fonctionner commes substituts de verbes après un premier verbe (terme de référence).

tudrin ɣlant, lmsṛuf kadalik « les maisons sont chères, les frais également ».

Lan miDn d tɛYalin, tiɛYalin ktṛ « il y avait des hommes et des femmes, (mais) plus de femmes (que d’hommes).

tmQṛd bZaf, maša uma-š bzayd Nš « tu es grand, mais ton frère l’est plus que toi ».

 

1.4. Participe avec ur…xas

uLi iTmutan s laršul xas iɣyal « ne se battent à coups de pied que les ânes ».

 

2. Syntagmes prédicatifs non-verbaux

2.1. Les présentatifs : ula, ha, d

On trouve dans le parler à l’étude 3 présentatifs : l’existenciel négatif ula (qui ne peut se construire qu’avec une subordonnée introduite par le pronom interrogatif may « que, quoi », le déictique ha / haš « voici » et enfin l’identificateur d « c’est » et son correspondant négatif uliD « ce n’est pas ».

ula ma ɣr tifx luQt « il n’y a pas ce pour quoi je perdrai du temps -> je n’ai pas de temps à perdre ».

haš snat Lḥikayat x-s « voici 2 histoires sur lui ».

d aryaz « c’est un homme ».

iBas d amxazni « son père c’est un mokhazni ».

uliD nČ d šK « ce n’est pas moi, c’est toi ».

 

2.2. Syntagmes prédicatifs à préposition

Ces syntagmes comprennent une préposition (ɣr, di ou zi)  avec son régime (pronom personnel) suivie ou précédée d’un nominal.

ɣr s as « chez lui tête -> il est intelligent ».

di s turin «  dans elle les poumons -> elle a la tuberculose »

kulši zi sn « tout d’eux -> tout vient d’eux ».

Les prépositions s « avec », am « comme » et anšt « de la taille de » se construisent différemment.

kuLiĞ s taDart Ns « chacun avec sa maison -> chacun a sa maison ».

lfikra Nš am ti nsn « ton opinion [est] comme la leur ».

tasKurt anšt tyaẓiT « la perdrix [est] de la taille d’une poule ».

 

2.3. Syntagmes prédicatifs nominaux (sans présentatif ni préposition)

Ils se présentent comme une juxtaposition de 2 syntagmes nominaux entre lesquels on pose une relation d’équivalence ou d’identité.

tamurt Nx nČni lmrs « notre pays à nous [c’est] El Mers ».

lmut nsn adin « [c’est] leur mort cela ».

On peut aussi avoir un nominal suivi d’un terme figé (en général emprunté à l’arabe) comme labas, mužud ou kifkif.

kulši labas « tout va bien ».

Sima mužud « le ciment est prêt ».

azṛu nxD mknas kifkif « Azrou ou Meknès, c’est la même chose ».

 

2.4. Syntagmes prédicatifs en énoncé interrogatif

Certains de ces syntagmes prédicatifs peuvent être ramenés à des types précédemment étudiés :

ma zi adin ? « de quoi cela -> d’où vient cela ? »

mani madam ? « où madame -> comment va madame ? »

maTa šK ? « quoi toi -> qu’es-tu ? »

Quand le verbe est au participe, j’interprète l’ensemble comme un syntagme prédicatif nominal :

wi D yudfn ? « [c’est] qui l’entrant -> qui est entré ? »

Pour d’autres syntagmes prédicatifs l’analyse est plus difficile : par exemple quand mism et maTa sont suivis d’un complément déterminatif :

mism n tndint din ? « quel est le nom de cette ville ? »

mism Lxdnt u Lgaṛaž ? « comment [est] ce travail de garage ? »

maTa uryaz u ? « qu’est-ce que c’est que cet homme ? »

 

Chapitre 2. Le sujet

 

2.1. Les linguistes définissent le sujet comme l’élément indispensable pour qu’un verbe puisse constituer un syntagme prédicatif en énoncé non injonctif. Donc dans i-ṛaḥ uryaz « il est parti l’homme », le sujet c’est i-, indice personnel 3M.sg ; il est explicité par uryaz qui est un complément qu’on peut supprimer sans que i-ṛaḥ cesse d’être un énoncé.

Pour simplifier l’exposé, je dirai que uryaz est le sujet post-posé. Ce sujet peut aussi être antéposé : aryaz i-ṛaḥ « l’homme il est parti »[1]. Je parlerai alors de thématisation.

L’explicitation d’un indice personnel sujet est soumise à des règles d’accord en genre et en nombre ; le sujet post-posé est à l’état d’annexion, le sujet anté-posé est à l’état libre.

t-ṛaḥ tmṬut « la femme est partie ».

tamṬut t-ṛaḥ « la femme, elle est partie ».

2.2. La personne du sujet peut être soulignée par la forme étoffée du pronom personnel :

i-ṛaḥ nTa « il est parti lui », n-ṛaḥ nČni « nous sommes partis nous ».

2.3. L’indice personnel sujet peut être déterminé par uḥd-Ns « tout seul » et par qaḥ « tous ».

al i-TfKaṛ uḥd-Ns « et il réfléchit tout seul ».

mɛašaṛ-n G išt Lɣabt uḥd-nsn « ils vivaient dans une forêt tout seuls ».

n-ṛaḥ qaḥ « nous sommes tous partis».

n-ṛaḥ qaḥ ax « nous sommes tous partis».

ṛaḥ-n qaḥ tn « ils sont tous partis».

 

Chapitre 3. L’objet

 

La fonction objet n’est possible qu’après un sous-ensemble de verbes qu’on pourrait appeler « transitifs directs » ; elle est remplie par des nominaux ou des subordonnées interrogatives indirectes.

yuwy aɣrum « il a emporté le pain ».

may T iṛẓin, ur t iẓṛi ša « ce qui lui a causé cette fracture, nul ne le sait ».

Le nominal objet est à l’état libre et se place après le verbe ; il peut toujours être pronominalisé par un paradigme d’indices personnels spécifiques.

yuwy aɣrum « il a emporté le pain » ; yuwy t « il l’a emporté ».

Si le verbe comporte un sujet post-posé, le nominal objet se place après le sujet :

yuwy uryaz aɣrum « l’homme a emporté le pain ».

Cas particulier de la « figure étymologique ».

On peut trouver, après un verbe intransitif, un objet constitué par le nom d’action du verbe en question :

lmut din iMut ay t iSmɣrn « la mort que il est mort, ce honorant lui -> la façon dont il est mort lui fait honneur ».

Dans d’autres cas il ne s’agit pas de verbes intransitifs mais de verbes admettant la « construction neutre » c’est-à-dire la possibilité d’orienter le procès vers le patient ; par exemple avec le même verbe ams « frotter » on peut avoir yums urba aɛban « l’enfant a frotté le vêtement » ou bien yums uɛban « le vêtement a été frotté ». En construction neutre le seul objet qu’admettent ces verbes c’est leur propre nom d’action :

yums uɛban imas LžD « le vêtement a été frotté d’un savonnage sérieux -> le vêtement a été savonné correctement ».

Avec ulad qui ne peut déterminer qu’un nominal, on a recours à la figure étymologique si l’on veut souligner le procès :

ulad tarwla irwl T « même la course, il l’a courue -> il a même couru ».

 

Chapitre 4. La préposition i / mu

La préposition i / mu a un fonctionnement syntaxique complexe et prend des valeurs diverses selon les contextes.

Tout d’abord la cooccurrence, dans certains exemples, de cette préposition avec elle-même avec des valeurs différentes oblige le descripteur à poser 2 prépositions i homonymes :

iɣṛs i uḥuli i ɛli « il a égorgé le mouton pour Ali ».

ɣṛ ax i urduz « appelle-nous Ardouz ».

Je considère i uḥuli  (ou i urduz) comme un « objet indirect » et i ɛli (ou ax) comme un « régime indirect » ; ici il s’agit d’un datif, mais on peut avoir bien d’autres valeurs. Précisons que la fonction « objet indirect » ne peut apparaître qu’avec un sous-ensemble déterminé de verbes « transitifs indirects » (comme ɣṛ « appeler », ɣṛs « égorger », nṣb « faire cuire », ẓm « lâcher »), alors que la fonction « régime indirect » du type i ɛli peut apparaître avec n’importe quels verbes.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Le nominal objet indirect ou régime indirect est à l’état d’annexion et se place après le verbe ; sauf exceptions, il peut être pronominalisé par un paradigme d’indices personnels spécifiques.

L’étude qui suit ne concernera que la seule fonction « régime indirect ».

Quand il y a cooccurrence d’un pronom personnel objet direct de personne 3 ou 6 (t, T, tn, tnt) et d’un pronom personnel indirect, toutes les personnes sont possibles pour le régime indirect :

iwšu-y-i t « il me l’a donné ».

iwšu-y-aš t « il te l’a donné ».

iwšu-y-asn t « il le leur a donné » etc…

Après les prépositions de la classe dFir on ne peut pas remplacer l’indice personnel indirect par {i + nom} :  on a dFir as « derrière lui » ou dFir uryaz « derrière l’homme » mais non *dFir i uryaz.

Dans les constructions relatives ou interrogatives, mu (variante de i) amorce un rapport qui sera précisé par une préposition de la classe dFir accompagnée d’un pronom personnel ayant le même référent que le pronom interrogatif ou l’antécédent de la relative :

ma mu tLid zdat as ? « qui à tu étais devant lui ? -> devant qui étais-tu ? »

Avec le verbe ini la présence obligatoire et pléonastique de as semble due à un figement :

mism as Tinin i tu ? « comment à elle on dit à celle-ci ? -> comment l’appelle-t-on, celle-ci ?»

La fonction « régime indirect » peut avoir des valeurs diverses :

.valeur de datif après les verbes de dire et de don :

ini ayu i uryaz « dis ceci à l’homme »

uš aɣrum i uryaz « donne du pain à l’homme ».

.valeur d’appartenance :

ulad tamṬut La tmṛḍ as « sa femme aussi est malade ».

La Tluku-y-as x uḍaṛ « elle lui marche sur le pied ».

.valeur distributive :

iysan ɛlfn ṛbɛ ndud i uyis « les chevaux ont mangé 4 mesures de grain par cheval -> chacun ».

 

Chapitre 5. Les compléments autonomes

On dit qu’une unité (un mot) est autonome quand elle contient en elle-même l’indication de sa fonction. La plupart des autonomes sont des adverbes, mais certains noms peuvent fonctionner comme autonomes.

5.1. Les adverbes

iwa ɛdlm ax ayu da « eh bien arrangez-nous ça ici ».

tmara ur di-nx tLi lxtu « nous n’avons pas une vie pénible maintenant ».

tmṛd šwi « elle est un peu malade ».

La ḥtaṛmn t bZaf « les gens le respectent beaucoup ».

5.2. Les noms

Un petit nombre de noms peuvent fonctionner comme autonomes. Le plus souvent ils indiquent le temps ou l’occurrence.

.Certains peuvent apparaître seuls ou comme régimes de la préposition i/di « dans » : on regroupe ainsi les noms du matin (Ṣbaḥ), de l’après-midi (tamDiT) et des jours de la semaine. Ces noms peuvent occuper des places variables dans l’énoncé :

tamDiT aD iɛayd / aD iɛayd tamDiT « cet après-midi il reviendra ».

Certains comme les noms des saisons ou les numéraux indiquant les heures ne peuvent être autonomes qu’en tête d’énoncé : tažrst uLi TSawal « l’hiver elle ne parle pas ».

 

Certains exigent la présence d’une détermination par un démonstratif, un indéfini un interrogatif ou un complément déterminatif. C’est le cas de suQ « souq », aS « jour », luQt  « moment », lmṛT, Nubt « fois » et asGʷas « année ».

kuL suQ La Tadfnt D lkamYut « à chaque souq des camions entrent [dans notre village] ».

may TGm aS Lɛid ? « que faites-vous le jour de l’Aïd ? »

luQt din ad Zrix lafizit « à ce moment-là je passerai la visite ».

 

Chapitre 6. Place des différents compléments du verbe

J’étudie ici la place respective du sujet post-posé, de l’objet, du régime indirect, des compléments autonomes et des DGV déictiques D et N.

1.     L’objet et le régime indirect sont des nominaux.

Dans ce cas nous avons l’ordre suivant : verbe, sujet, objet, régime indirect.

iwšu uryaz aɣrum i urba « l’homme a donné du pain à l’enfant. »

Les déictiques D et N se placent tout de suite après le verbe :

yuwy D uryaz aɣrum i urba « l’homme a apporté du pain à l’enfant. »

2.     L’objet et le régime indirect sont des pronoms personnels.

Si un seul des 2 compléments est un pronom personnel il se place tout de suite après le verbe :

iwšu t uryaz i urba « l’homme l’a donné à l’enfant. »

iwšas uryaz aɣrum « l’homme lui a donné du pain. »

Si l’objet et le régime indirect sont tous deux des pronoms personnels on a l’ordre suivant :

verbe, régime indirect, objet, sujet.

iwšas t uryaz « l’homme le lui a donné. »

Les déictiques D et N se placent tout de suite après les pronoms personnels compléments :

yuwy T D « il l’a apportée », yuwy as D « il lui a apporté », yuwy as T D « il la lui a apportée ».

3.     Place des syntagmes composés d’une préposition de la classe akd et de son régime (pronom personnel).

Ces syntagmes peuvent se placer assez librement dans l’énoncé, avant le sujet ou l’objet :

iṛaḥ D ɣr-i iBa « mon père est venu chez moi ».

nČu ɣr-sn amnsi « nous avons pris chez eux le dîner ».

4.     Anticipation des pronoms personnels objet et régime indirect et des déictiques D/N.

Dans des contextes déterminés – dont on trouvera la liste infra – ces éléments se placent devant le verbe en conservant leur ordre de succession.

  • Après les DGV ad et al:

ad asn t id yawy « il le leur apportera ».

al asn t id iTawy « … il le leur apportait ».

  • Après les négations ur, uLi, usar et urĞiN :

ur asn t id yuwy « il ne le leur a pas apporté ».

  • Après ay:

nČint ay asn t id yuwin « c’est moi qui le leur ai apporté ».

  • Dans les relatives :

aɣrum din asnt D yuwy « le pain qu’il leur a apporté (à elles). »

  • Après les interrogatifs wi « qui ? », may « qui, que », mani « où ? », maymi « pourquoi ? » :

wasn t id yuwy ? « qui le leur a apporté ? »

maymi asn t id yuwy ? « pourquoi le leur a-t-il apporté ? »

  • Après les subordonnants mš, mr, mliD is « si », waXa « même si », is « que », ani « parce que », kud « tant que », zGʷis « depuis que, aDay, zGa « quand », ald, azGa « jusqu’à ce que », aMu, aMN, aMidin « comme » :

zGa asn t id yuwy « quand il le leur a apporté ».

ad i iWt aMN tn iČat « il va me frapper comme il les frappe ».

5.     Les adverbes da, diN, dis et Sa, SiN, Sis sont le plus souvent anticipés :

zGa da tLa xdiža « quand Khadija était ici ».

ur Sa izriy « il n’est pas passé par ici ».

 

Chapitre 7. Subordonnées sans subordonnant

Souvent dans des séquences SV1-SV2, c’est-à-dire où nous avons 2 syntagmes verbaux juxtaposés, il faut considérer SV2 comme une subordonnée sans subordonnant régie par SV1. Ce qui permet cette analyse c’est le sens général de l’énoncé et l’absence de pause entre SV1 et SV2. On peut aussi, dans certains cas, s’appuyer sur des critères formels comme la négation, l’interrogation, la focalisation par ay ou l’enchâssement.

Je distinguerai :

  • Les subordonnées non-spécifiques qui peuvent se rattacher à n’importe quel verbe.
  • Les subordonnées spécifiques qui ne peuvent se rattacher qu’à une sous-classe de verbes « opérateurs ».

1.     Les subordonnées non-spécifiques

Je distingue les séquences sans nominal et les séquences avec nominal.

  • les séquences sans nominal

V1 et V2 ont le même agent (les indices personnels sujets des 2 verbes ont le même référent).

La iTɛayad as D ixwa « (le chèque) lui revient, il est vide -> lui revient sans provision »

nsin išurdan La TTn i « les puces ont passé la nuit elles me piquaient -> à me piquer ».

La Tawy awal uLi tSawal « elle emporte les paroles elle ne parle pas -> sans parler ». Il s’agit d’une énigme dont la clé est la lettre.

  • les séquences avec nominal

séquence SV1 + nominal + SV2 :

iLa iĞ uryaz yuwy snat n tɛYalin « il y avait un homme il avait épousé deux femmes -> qui avait épousé… »

ad ɛbṛx ša Lḥažt tLa da ɣr i « je vais mesurer quelque chose (qui) est ici chez moi ».

séquence SV1 + nominal + SV2 + pronom personnel complément :

ad waɛdx iĞ Lkʷmanḍaṛ Snx t « je vais aller voir un commandant (que) je connais ».

  • Constructions à valeur de relatives indéfinies

séquence SV1 + nominal + participe épithète

lḥažt D iṛaḥn aTsw, La Ṭraɛa aT tadf « tout ce qui vient boire, elle essaie d’y entrer ».

séquence nominal + SV

aryaz ufx, munx akid s « un homme je trouve, je vais avec lui -> quel que soit l’homme que je trouve, je vais avec lui ».

séquence nominal + préposition + SV

lḥažt x tuly La TG am nTat « quelle que soit la chose sur laquelle il monte il devient comme elle ».

N.B. Ces constructions à valeur de relatives indéfinies exigent la variante ɣa de ad ; elles sont le plus souvent anticipées.

2. Les subordonnées spécifiques

Certains verbes peuvent régir des subordonnées sans subordonnant ; je distingue 2 types suivant qu’elles peuvent ou non commuter avec une subordonnée introduite par is « que ».

  • subordonnées qui ne peuvent pas commuter avec une subordonnée par is « que ».

Le SV2 subordonné peut avoir la forme La-AI ou ad-A/AI.

Les verbes opérateurs qui admettent La-AI comme complément sont peu nombreux : bda « commencer », ili « être », tM « continuer », walf « avoir l’habitude ».

bdix La TGx aɣrum « j’ai commencé à faire du pain ».

Les verbes opérateurs qui admettent ad-A/AI comme complément sont à sujet personnel ou impersonnel.

Verbes opérateurs à sujet personnel :

qDx ad awix « je peux me marier »

Gʷdx ad iṛaḥ « je crains qu’il parte »

bɣix aryaz ad yawy ou bɣix ad yawy uryaz « je veux que l’homme se marie »

Sutrx i uryaz ad yawy « j’ai demandé à l’homme de se marier »

Verbes opérateurs impersonnels :

ixṢ i ad šrzx « il me faut labourer »

d ad ax imkn at nbḍu « il nous est possible de la diviser ».

  • subordonnées qui peuvent commuter avec une subordonnée par is « que ».

On trouve ce type de subordonnées après les verbes opérateurs comme ẓṛ « voir », af « trouver », sL « entendre », ašy « sentir ».

La Ẓaṛx miDn La Twatn « je voyais les gens ils étaient battus -> je voyais qu’on battait les gens ».

yaf D wiSnat ur iLi « il trouva le deuxième il n’était plus -> il constata que le deuxième n’était plus là ».

 

Chapitre 8. Subordonnées à pseudo- subordonnant

Très souvent en berbère une relation de subordination peut s’établir entre deux propositions juxtaposées sans être marquée par un subordonnant.

La Taṛw ax tažmart La nTDz tata nž as T «[quand] la jument nous donne un petit, nous pilons un caméléon et nous le lui appliquons ».

La subordination peut être soulignée par des mots comme is « est-ce-que », udin « celui qui », hLi, nTa « dès que », maḥD « tant que », ɛlaḥQ « parce que ». A la différence des subordonnants, ces mots n’entraînent pas l’exclusion de l’indicateur de thème (sujet antéposé) et n’exercent pas les mêmes contraintes sur la forme du SV qu’ils régissent ni sur la place des pronoms personnels régime indirect et objet et des déictiques D / N. C’est pourquoi je les appellerai « pseudo-subordonnants.

is iLa uɣal La TKsnt tɛYalin timŠin i uxam « fait-il beau (s’il fait beau), les femmes enlèvent les timchines à la tente ».

udin ižin tiga i ša La iTbXaṛ iS « celui qui jette un sort à quelqu’un, la victime visée fait des fumigations avec [le caméléon] ».

nTa ižu uḥuli aMN al iTḍuṛ « dès que le mouton eut fait comme cela [le faucon] se mit à tournoyer ».

Chapitre 9. Subordonnées à subordonnant

Je différencie les vrais subordonnants des pseudo-subordonnants en m’appuyant sur les 3 critères formels suivants :

*exclusion de l’indicateur de thème (sujet antéposé)

*effacement du DGV La devant AI

*anticipation des « satellites » (pronoms personnels régime indirect et objet et déictiques D / N).

1er sous-groupe :

qbl « avant que », baš, Tafa « pour que », urya « de peur que », mliD « si ».

Ces subordonnants ne peuvent régir que les SV du non-réel c’est-à-dire ad-A, ad-AI, et ur-AI. Donc seul le 1er critère peut s’appliquer ici : si l’on veut expliciter le sujet du verbe de la subordonnée, on ne peut le faire que sous la forme d’un complément explicatif (sujet post-posé) :

baš ad iṛaḥ uryaz « pour que l’homme s’en aille »

L’indicateur de thème (sujet anté-posé) est exclu : *baš aryaz ad iṛaḥ.

La iTT urba qbl ad iGur « l’enfant mange avant de [savoir] marcher ».

2ème sous-groupe :

mš, mr « si », waXa « même si », aMani « comme si », is « que, parce que », ani « parce que », kud « tant que », zGwis « depuis que », aDay « quand », ald, xas ald « jusqu’à ce que », zGa « quand », azGa « jusqu’à ce que »

 

1.     Les subordonnées hypothétiques

j’étudierai dans l’ordre :

* les subordonnants hypothétiques spécifiques (mš, mr, mliD   mliD is)

* les SV (syntagmes verbaux) régis par ces subordonnants et les valeurs signifiées

* les autres façons d’exprimer l’hypothèse ( is, waXa et udin).

 

1. Les subordonnants hypothétiques spécifiques.

On a, dans le parler à l’étude, quatre subordonnants bien caractérisés : mš, mr, mliD et mliD is.Du point de vue sémantique, s’oppose au groupe mr, mliD et mliD is. mš exprime une hypothèse faible non contraire à la réalité, que cette hypothèse porte sur le réel (passé/ présent) ou sur le non-réel (futur). Suivant les contextes, pourra se traduire ou se paraphraser par “s’il est vrai que, si (et cela n’est pas en contradiction avec la réalité), supposons comme cela est possible ou vraisemblable, à condition que”. Parfois le sens hypothétique de s’estompe et la proposition équivaut à une complétive ou à une temporelle.

Au contraire, le groupe mr, mliD et mliD is exprime une hypothèse forte. Si cette hypothèse porte sur le futur, elle contient un souhait implicite ou une appréciation critique du locuteur qui la considère comme peu probable. On pourra traduire ou paraphraser ainsi : “si contrairement à ce qui est ou a été, si par impossible, si jamais, si comme je le souhaite”.  Quand cette hypothèse porte sur le passé / présent elle est contraire à la réalité. Les valeurs signifiées ressortiront plus clairement des exemples qui suivent où sont répertoriés les syntagmes verbaux (désormais SV) régis par chacun de ces subordonnants.

2. Les SV et les valeurs signifiées.

2.1. “si”.

On trouve après les sept SV de base c’est-à-dire: P, (ur PN), AI, (uLi AI), ad A, ad AI, (ur AI). D’autre part peut régir une subordonnée non verbale :

(789) mž d udin ifhmn, La iTɛTaṛ ɣNx[2]

“si c’est un gars intelligent, il reste longtemps chez nous”.

1) – P

Le prétérit est le syntagme verbal qui apparaît le plus souvent après dans mon corpus. Le prédicat de la principale peut avoir des formes très variées : impératif, A, La AI, (uLi AI), ad A / AI (ur AI).

– P // impératif:

(670) mš džu Sžṛt din asfar, aS i

“s’il est vrai que cet arbre est un remède, ligote-moi (à cet arbre).

– P // A:

(513) mš ur tŽiy, nɣṛs as aT nČ

“si elle ne guérit pas, nous l’égorgeons pour la manger”.

(45) mš as Nix rwaḥ, yini-y-aš waXa

“si je lui dis ‘allons-y’, il me dit ‘d’accord’.” (L’aoriste yini de la principale a ici une valeur d'”enchaîné”, c’est-à-dire que les deux procès — « je dis » et « il dit » — se succèdent sans solution de continuité : “aussitôt il me dit”.)

– P // La -AI:

(290) mš as ixsṛ ša, La iɛDl t

“si quelque chose est détérioré, il le répare.”

(888) mš asn tnžḥ lqadiya, La Tawḍ ; mš ur asn tnžiḥ, uLi Tawḍ

“si leur expérience réussit, (la fusée) atteint son but ; si elle échoue, (la fusée) n’atteint pas son but.”

Après -P, La-AI a la même valeur de généralité que l’aoriste, mais le procès n’est plus “enchaîné”.

-P // ad-A:

(838) mš bɣan ad Fɣn, ad Fɣn

“s’ils veulent sortir, ils sortiront”.

(441) mš dṭṛid ur t Tiṛid, mš t tiṛD ur t Tiẓiṛd

“si tu le vois tu ne peux pas le porter, si tu le portes tu ne peux pas le voir” (le linceul).

2) -AI

(327) mš iat unẓaṛ La Qazn tarža

“s’il pleut, ils creusent des rigoles”.

3) mš ad-A

(17) mž d aDiN nQim, aNṛža ald D yawḍ iBa

“si nous devons nous asseoir là-bas, nous allons attendre que papa arrive”.

(46) mš ad asn tɛlmd, ur akid š Tmunx

“si tu dois les avertir, je ne t’accompagnerai pas”.

Remarque.

Le plus souvent la protase par se place avant l’apodose ; mais elle est postposée dans le tour avec hLi, avec af et dans le cas de la proposition substantive.

1) hLi-mš

hLi-mš tend à se figer et à se grammaticaliser avec une valeur proche du français “à moins que”:

(693) udin tnt iɛišn usar tnt iTu hLi mš ur di s ul

“celui qui les a vécues ne les oublie jamais, à moins qu’il n’ait pas de coeur”.

2) mš + af  “trouver”

Dans ce contexte, prend la valeur de “pour voir si”:

(299) ad waɛdx iǦ Lkʷmanḍaṛ mš ufx aD ɣr da bDlx

“j’irai chez un commandant pour voir si je trouve (le moyen) d’être muté ici”.

3) introduit une proposition substantive

La proposition introduite par semble parfois fonctionner comme un nom :

(528) yif mš ax iNa nTa

“il vaut mieux s’il nous le dit lui-même -> il vaut mieux qu’il nous le dise lui-même”.

(291) maš yifn lxdnt Lɛskṛ mad mš tufid ti n sifil ?

“qu’est-ce qui vaut mieux pour toi, le métier de soldat ou te trouver un emploi dans le civil ?”

(300) yif mš N tqimd ula mš D tṛaḥd

“il vaut mieux que tu restes là-bas plutôt que de venir ici”.[3]

Dans l’exemple suivant la proposition par est régie par la préposition xas al, comme un nom:

(982) xas al mš asn ištab ad myawayn

“jusqu’à s’il est écrit pour eux ils se marieront -> jusqu’au moment (hypothétique et soumis à la destinée) de leur mariage.”

On trouve même la proposition par coordonnée par le coordonnant d normalement réservé aux nominaux:

(606) lqD nsn, d mani Tɛišsn, d Lun nsn, d mš ɣr sn Lan imŽan din izirarn

“(dites) leur taille, et l’endroit où ils vivent, et leur couleur, et s’ils ont ces longues oreilles.”

4) dans les serments[4]

dans les serments donne un sens négatif à l’énoncé.

Par exemple uḶah mš  i-žru (littéralement : “je le jure sur Dieu s’il a jeté”)  signifie “je le jure, il n’a pas jeté” alors qu’aucun adverbe de négation n’accompagne le verbe.

Le passage du signifié d’hypothèse positive au signifié d’affirmation négative (“je le jure, il n’a pas jeté”) ne présente aucune difficulté pour un francophone. Des tours comme du diable si je m’en souvenais avec le sens de “je ne m’en souvenais pas du tout” sont très fréquents ; ils sont mentionnés aussi bien dans le dictionnaire Lexis (p. 541 sous diable) que dans Le Bon Usage de Grevisse.

. Avant si on peut avoir soit une interjection (du diable si, du tonnerre de Dieu si), soit une proposition avec un vœu de malheur (Dieu me damne si, le diable m’emporte si, que je sois pendu si) ou une acceptation de malheur (je veux être pendu si).

Grévisse, Brunot (La Pensée et la Langue, p. 502-503) et Sandfeld (Syntaxe du français contemporain, les subordonnées, § 209) notent que la proposition par si dans ce contexte équivaut à une affirmation forte qui a une valeur inverse de l’hypothèse ; en effet, cette valeur est négative si l’hypothèse est positive :

ex : Du diable si je m’en souvenais, “Je ne m’en souvenais pas” ;

Cette valeur est positive si l’hypothèse est négative : ex : Du tonnerre de Dieu si je ne la fais pas arrêter par les gendarmes ! Zola, E. Rougon, p. 227 in TLF, 7, p. 188, sous Dieu = “je la ferai bel et bien arrêter.”

2.2. mr, mliD / mliD is

D’après les données du corpus, mliD et mliD is semblent bien fonctionner comme des variantes combinatoires : mliD apparaît devant les SV ad-A/AI, ur-AI et mliD is devant les autres SV (P, ur-PN, (La)-AI, uLi-AI). Pour le sens, mr et mliD sont à peu près équivalents : ils expriment une hypothèse irréelle (contraire à la réalité) ou potentielle (portant sur le futur, possible).

On trouve après mr les SV suivants :

P, ur-PN, AI, uLi-AI (pour une hypothèse irréelle),

ad-A/AI, ur-AI (pour une hypothèse  potentielle).

Rappelons que mr et mliD peuvent régir une subordonnée à prédicat non-verbal :

mr d nČ Zi š, La ṛaḥx

“si j’étais toi, je serais parti”.

mliD is ɣr š ṭYara, ma ɣa džd ?

“si tu avais un avion, que ferais-tu?

2.2.1. mr -PN

Le prédicat de l’apodose peut avoir des formes variées : P, day-A, usar-PN, ad-A, ur-AI.

mr -PN // P

(153) ayu Kix La Sqṛix lwašsun, mr t qṛix, nfɛx ixf inw

“tout ce temps que j’ai passé à enseigner aux enfants, si je l’avais passé à étudier, ç’aurait été plus profitable pour moi.”

mr -PN // day A

(350) mr žin iɛdawn day Čn ax

“si c’étaient des ennemis, aussitôt ils nous mangeraient.”

mr -PN // ad-A

(37) mr awn D nɛlim d aTṣḥslm ixf Nun

“si nous vous avions avertis vous auriez pu vous déranger.”

mr -PN // ur-AI

(967) mr t SiN, ur TKn ansa din

“s’ils l’avaient su, ils ne seraient pas passés par cet endroit.”

Les exemples avec mliD is-P n’apportant rien de nouveau, je m’abstiendrai de les reproduire ici.

2.2.2. mr-La AI (-> mLi-AI); mliD is AI

mLi Tdam Dunit, La-y-ufx D lždud inw imzwura suL Drn

“si les gens ne mouraient pas, j’aurais trouvé mes premiers ancêtres encore en vie.”

(318) mliD is nČat tmara din nČat i lɛṣkṛ i sifil, imkn qaḥ ur ax Tawḍ tmara din

“si dans le civil nous nous donnions la même peine qu’à l’armée, peut-être que nous ne serions pas dans cette misère.”

2.2.3. mr d-ad-A; mliD ad-A

(320) mr d-aTafd aTxdmd alturu, aTžmɛd ktṛ

“si tu pouvais trouver du travail dans une nouvelle place, tu pourrais ramasser encore plus d’argent.”

mliD aD iṛaḥ duČa, ad ɣr sn yazn amazan

“si jamais il pouvait venir demain, il leur enverrait un messager.”

(985) awDi wahli mliD ad N afn miDn ša utRas La iTG i ša n ttRast adin, d-ad iMt

“mon vieux, jadis, si par extraordinaire on avait trouvé un jeune homme en train de faire cela à une jeune fille, on l’aurait tué.”

Remarque

mr et mliD peuvent aussi servir à l’expression du souhait (avec les SV du non- réel) ou du regret (avec le prétérit).

1) souhait

(194) mr d aTafd aTžd Tilifun i muḥnd tamDiT

“Ah ! Si tu pouvais trouver le moyen de téléphoner à Mohand cet après-midi !”

(240) mr d aNawḍ duČa mɛna ṣfṛu ziš

“Ah ! Si nous pouvions au moins arriver demain de bonne heure à Sefrou!”

mliD aD imun akd tmṬut Ns

“Ah ! S’il pouvait venir avec son épouse !”

2) regret

(35) liɛla hLi mr D yuwḍ iBa

“Ah ! Si seulement papa était arrivé !”

(43) mliD is D tmund akd madam d lwašun

“Ah ! Si tu étais venu avec ta femme et tes enfants !”

  1. Les autres façons d’exprimer l’hypothèse : is “est-ce que ?”, waXa “même si”, udin “celui qui”.

3.1.  is “est-ce que ?”

Nous avons en berbère une unité is qui apparaît avec des valeurs très diverses : “est-ce que ?”, “si” (hypothétique), “que”, “c’est que”, “parce que”. Nous ne disposons pas d’éléments suffisants pour étayer une reconstruction mais on peut à titre d’hypothèse proposer une filiation des valeurs.

Il est tentant en effet de considérer comme première la valeur de soulignement emphatique “c’est que” :

is iNa ad yasy isɣaṛn “c’est qu’il veut prendre du bois”.

isul, xas is t nḥWl ɣr diN  “il marche encore, seulement c’est que nous l’avons déplacé là-bas”.

Dans ces exemples is a un statut de présentatif dont le rôle est de souligner avec emphase le prédicat qui suit. A partir de cette valeur on pourrait expliquer l’emploi comme adverbe d’interrogation (“est-ce que ?”) en disant qu’il y a eu spécialisation et grammaticalisation là où, à l’origine, il ne devait y avoir qu’une interrogation par intonation avec mise en relief du prédicat.

La valeur hypothétique de is se dégage du contexte, à partir de la valeur interrogative dans des tours parataxiques où l’on trouve deux prédicats juxtaposés[5] :

is iLa uẓɣal, La TKsnt tɛYalin timŠin i uxam “fait-il beau ? les femmes enlèvent les timchines à la tente” > “s’il fait beau…”

(653) is ur t ufix ad ɛaydx aŠm nX   “si je ne le trouve pas je reviendrai te tuer”.

3.2. waXa “même si”

On trouve après waXa  les sept SV de base c’est-à-dire: P, (ur-PN), AI, (uLi– AI), ad-A, ad AI, (ur AI). D’autre part wa/a  peut régir une subordonnée non verbale:

1) waXa – P

(163) aDay iɛdl lmal, waXa ur iɛdiln imndi, ša Lbas ur iLi   “quand le bétail rend bien, même si le blé ne rend pas, il n’y a pas de mal”.

(205) waXa as nɛlm iḍu i tmDiT, duČa Şbaḥ ad iɛdl tiwṛiqin iṛaḥ N  “même si nous l’avertissons aujourd’hui dans l’après-midi, demain matin il peut faire ses papiers et partir”.

2) waXa – AI

(504) waXa iSɣuYu, uLi di s TḥNix “il a beau crier, je n’ai pas pitié de lui”.

Remarque.

waXa peut se combiner avec mliD is:

(196) waXa mliD is ur D tṛaḥd iḍu, duČa ad N ṛaḥx “même si tu n’étais pas venu aujourd’hui, moi demain je serais allé là-bas”.

3.3. udin “celui qui”

Le berbère ne dispose pas d’un relatif spécifique mais il tend à grammaticaliser le pronom démonstratif udin  ( + participe) dans le rôle de relatif : udin ižrin “celui jetant > celui qui jette”. Dans certains énoncés avec udin + participe il y a anacoluthe et la relative prend un sens hypothétique [6]:

(629) udin ižin tiGa i ša, La iTbXaṛ iS “celui qui jette un sort à quelqu’un, la victime visée fait des fumigations avec lui (le caméléon)” _> “si on jette un sort à quelqu’un, la victime fait des fumigations avec le caméléon”.

(792) udin ur asnt ižin Dwa dɣya, adin La iTdṚa uLi “celui qui ne leur donne pas de médicaments aussitôt, cette maladie ravage le troupeau” _> “si on ne leur donne pas…”

Nous l’avons vu, le berbère, avec un système verbal assez simple, peut rendre une grande variété de valeurs modales dans la protase hypothétique, grâce à un jeu de subordonnants spécialisés soit dans l’expression de la condition ( “s’il est vrai que; chaque fois que”), soit dans l’expression de l’hypothèse forte(mr, mliD et mliD is). Nous avons noté que le berbère disposait d’autres moyens pour exprimer l’hypothèse (is “est-ce que?”, waXa “même si”, udin “celui qui”). Chemin faisant, nous avons pu retrouver en berbère des procédés qui sont à l’œuvre aussi en français : l’utilisation du subordonnant hypothétique dans les serments, des subordonnants hypothétiques mr et mliD pour exprimer le souhait ou le regret, du marqueur d’interrogation is ou du relatif udin avec valeur hypothétique. D’un point de vue typologique, il serait intéressant de rechercher la présence de procédés analogues dans d’autres langues.

  • §§§§§§§§§§

2.     Les subordonnées de cause

Elles sont introduites par is, ɛlaḥQ is ou ani.

fK i is Tḥa tiwa « délivre-moi car j’ai mal au dos ».

tudrin ɣlant ani ɣudant « les maisons sont chères parce qu’elles sont belles ».

3.     Les subordonnées de temps

Elles sont introduites par kud « en même temps que, tant que », zGwis « depuis que », aDay « quand », ald, xas ald « jusqu’à ce que », zGa « quand », azGa « jusqu’à ce que ».

kud iTɣaṛ, Tɣaṛnt « au fur et à mesure qu’il sèche, [les verrues] sèchent ».

adin ax Tinin zGʷis nmy « c’est ce qu’ils nous disent depuis que nous sommes petits ».

Remarque

aDay « quand », ald, xas ald « jusqu’à ce que », zGa « quand », azGa « jusqu’à ce que »

forment un système structuré par 2 oppositions : aDay « quand » vs  zGa « quand », et ald, xas ald « jusqu’à ce que » vs  azGa « jusqu’à ce que ».

aDay s’emploie dans le registre du non-réel et dans les généralités intemporelles, virtuelles ou hypothétiques ; azGa s’emploie dans le registre du passé précis ou des événements vécus réellement. On opposera ainsi :

aDay nmĞr al T nTZε zGmndi « quand nous moissonnons, nous la chassons (la caille) » (généralité)

mism ay TGm luQt din x un Tadrn ? « comment faisiez-vous quand ils vous pourchassez ? » (expérience vécue).

ad iQim ald iSfuFy « il doit rester (sur les braises) jusqu’à ce qu’il bouille » (généralité)

Ğix tn xas azGa udfn « je les ai laissés jusqu’à ce qu’ils soient entrés effectivement » (événement précis).

 

Chapitre 10. L’apposition

Un nom peut être apposé à un autre nom pour le qualifier ; fonctionnant comme une épithète, il est à l’état libre et s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il détermine. Certains noms, du fait de leur contenu sémantique, sont employés en apposition plus souvent que des noms ordinaires. C’est pourquoi on pourrait aussi bien les appeler adjectifs qualificatifs ; mais rien, dans leur comportement syntaxique , ne les distingue des autres noms.

iĞ uslm amQan  « un poisson, un grand > un grand poisson »

md amisa « Ahmed le berger… ».

 

Chapitre 11. Le complément déterminatif

Cette fonction détermine un nominal. Elle peut être remplie par un nom, un pronom, un adverbe ou un syntagme régi par une préposition.

uliD aɣi am wi n dima « ce n’est pas du lait comme celui de toujours »

lmašina n G iḍ « le train de pendant la nuit > le train de nuit »

Cette fonction exprime différentes relations suivant les contextes :

sɛid n mulay « Saïd de Moulay » (fils, frère ou esclave de Moulay).

nLa i šhṛ n bril « nous sommes au mois d’avril »

duČa Lxmis « demain de jeudi > demain jeudi »

azGʷaɣ n tqmuT « rouge de bec » (accusatif de relation)

ɛšṛa n tɛYalin « dix de femmes > dix femmes »

ḥḍaɛŠ n tmut « onze de femme> onze femmes »

 

Chapitre 12. Les propositions relatives

Par convention j’appelle propositions relatives des subordonnées qui comportent un verbe au participe ou à une forme personnelle et qui ont pour fonction de déterminer un nom (ou un pronom) antécédent.

Ces subordonnées n’ont pas de marque spécifique comparables aux pronoms relatifs du français. Mais le plus souvent les relatives ont un antécédent déterminé par un DGN démonstratif (u, iN, din). De plus on note que din occupe une place à part dans la série u, iN, din de par sa fréquence d’abord et aussi parce qu’il tend à se grammaticaliser comme outil de type relatif. En effet l’ensemble {din + relative} apparaît dans des contextes où din seul serait exclu et où l’ensemble {u / iN + relative} serait exclu aussi.

Les relatives présentent des traits formels comparables à ceux des autres subordonnées : l’exclusion de ad (remplacé par ɣa devant le verbe), l’anticipation des pronoms personnels régimes, des particules d’orientation  D / N et de certains adverbes comme da ou diN.

1.     Relatives au participe

Le participe fonctionne comme une épithète et peut déterminer un antécédent singulier ou pluriel.

maGms urba-y-u da iLan ? « qui est ce garçon qui est ici ? » (c’est la construction relative qui permet ici l’anticipation de l’adverbe da « ici »).

 

2.     Relatives avec verbe à une forme personnelle

mlmi awn D ɛlmn s twriqt u i D tuwid « quand vous ont-ils avertis au sujet de cette feuille que tu m’as apportée ? »

 

Chapitre 14 Les coordonnants

J’examinerai successivement les coordonnants qui peuvent coordonner des nominaux (noms et pronoms) mais non des verbes, le coordonnant aha qui peut coordonner des verbes mais non des nominaux, et enfin les coordonnants qui peuvent coordonner aussi bien des nominaux que des verbes.

1.     les coordonnants qui peuvent coordonner des nominaux (noms et pronoms) mais non des verbes : d, la…la, mad.

le coordonnant d

d peut fonctionner comme coordonnant ou comme variante de la préposition akd « avec » après les verbes mun, ɛayd et žmr. Il exige l’état d’annexion du terme coordonné.

d peut coordonner des nominaux, des adverbes et propositions substantives :

afqiṛ d yizm « le vieillard et le lion »

idu d duČa « aujourd’hui et demain »

inax Lun nsn d mš ɣr sn Lan imŽan din izirarn « dis-nous leur couleur et s’ils ont ces espèces de longues oreilles »

le coordonnant la…la

Les 2 termes coordonnés sont à l’état libre ; ce coordonnant peut  figurer aussi bien en énoncé positif qu’en énoncé négatif.

ad ašrx la taɣyult la-y-asnus « je volerai et l’ânesse et l’ânon »

ha mism ay džu la i Lun Ns la i tmLalin Ns « voilà comment elle est en ce qui concerne sa couleur et ses œufs »

2.     le coordonnant aha

aha ne peut coordonner que des verbes

da Trf ax aGLa, aha ur ĞiN nmyizṛ « il est ici, près de chez nous , et pourtant nous ne nous sommes jamais vus »

aDay t džd ɣ uɣiṛ aha tžbD, La irKl « quand tu l’épaules (le fusil) et (que) tu tires, il a du recul ».(le subordonnant aDay n’est pas répété après aha).

  1. les coordonnants qui peuvent coordonner aussi bien des nominaux que des verbes (ama…ama, wala, nxD).

le coordonnant ama…ama « soit…soit »

La iČiČ asn ama Skʷar, ama aysum « il leur donne soit du sucre soit de la viande »

iNaš ama tufd-t ama ur t-tufd « il m’a dit ou bien tu le trouves ou bien tu ne le trouves pas »

le coordonnant wala « et non, plutôt que, ou »

d ad yaly i luɛr wala iḍṛ « il montera et il ne descendra pas > il montera plutôt que de descendre »

ma-s ɣa tisind lɛql Ns wala tisin wi Nš « comment connaîtras-tu son caractère ou elle le tien ? »

les coordonnants alternatifs nxD (var. nx) et mad.

Ces deux unités se rendent en français par « ou bien », mais elles ne peuvent pas commuter dans tous les contextes : mad est exclu en (1), et nxD est exclu en (2) :
(1) duČa awru yr-i i  Žuž nxD i tlata         « demain, viens chez moi à deux heures ou à trois heures ».
(2) idNaṭ iṛaḥ-D ɣr-i i Žuž mad i tlata       « hier, il est venu chez moi à deux heures ou à trois heures ».

Il s’agit de dégager du contexte les facteurs pertinents qui rendent possible l’occurrence de ces deux unités. Pour bien cerner la valeur respective de nxD et de mad, un détour par le français ne sera pas inutile.
Si je dis « hier, j’ai acheté des pommes ou des oranges », on ressent une impression de bizarrerie. Quelqu’un pourrait me répondre : « Tu as la mémoire courte ! ». Cet énoncé paraît bizarre parce que ou dans ce contexte, (verbe à un temps passé précis, sans aspect itératif), implique un « je ne sais pas » qui est ici paradoxal, étant donné que le locuteur et agent de l’achat ne font qu’un, et que l’achat a bel et bien eu lieu.

Cette bizarrerie s’efface si on change la personne du sujet grammatical, (hier, il a acheté des pommes ou des oranges), ou si on change le déterminant grammatical du verbe : en général j’achète / demain j’achèterai / à cette époque j’achetais souvent des pommes ou des oranges ; dans ces énoncés, le procès est lâche, distendu, multiplié en quelque sorte par l’aspect itératif ; il flotte dans la généralité, le virtuel ; il n’est pas enfermé dans les limites étroites d’un réel trop précis ; tant et si bien qu’il tolère l’alternance marquée par ou.

Le futur, aussi, la tolère car on ne sait rien de l’avenir, et tous les possibles peuvent s’y réaliser. Or, il se trouve qu’en berbère, cette opposition entre un réel précis et des généralités ou des procès, habituels ou virtuels (futurs, injonctifs, possibles, probables, etc…), est très importante, et entraîne des contraintes sur l’emploi de certaines unités grammaticales.

Il ne faut pas voir ici une opposition d’opérations logiques comme la disjonction ou l’exclusion réciproque,[7] ou tenter une comparaison avec le latin vel « ou si tu veux » vs aut « ou bien … ou bien ».

En fait, le choix de nxD ou de mad est dicté par le degré de réalité du procès exprimé par le verbe. On retrouve un conditionnement analogue à celui  de aDay, ald vs zGa, azGa : quand le verbe rapporte un procès précis, nxD est exclu ; on ne peut employer que mad. Au contraire, dès qu’il s’agit d’un non-réel, d’un futur, d’une généralité atemporelle ou d’une supposition, nxD est seul attesté. Il est à noter qu’on ne peut pas définir les contextes de nxD et mad en termes de syntagmes verbaux spécifiques : en effet, nxD peut apparaître avec n’importe quel syntagme verbal : impératif, P, La-AI, ad-A.

La nGur x uḍaṛ nxD La nTnay « nous allons à pied  ou en voiture ».

ad isw aTay nxD lqhwa « il boira du thé ou du café ».

 

 

Table des matières

Chapitre 1.  Le prédicat 1

1.Mise au point théorique. 1

  1. Types de syntagmes prédicatifs (plan) 4
  2. Syntagmes prédicatifs verbaux. 5
  3. Syntagmes prédicatifs non-verbaux. 5

Chapitre 2. Le sujet 7

Chapitre 3. L’objet 8

Chapitre 4. La préposition i / mu. 9

Chapitre 5. Les compléments autonomes. 10

5.1. Les adverbes. 10

5.2. Les noms. 11

Chapitre 6. Place des différents compléments du verbe. 11

  1. L’objet et le régime indirect sont des nominaux. 11
  2. L’objet et le régime indirect sont des pronoms personnels. 12
  3. Place des syntagmes composés d’une préposition de la classe akd et de son régime (pronom personnel). 12
  4. Anticipation des pronoms personnels objet et régime indirect et des déictiques D/N. 12
  5. Les adverbes da, diN, dis et Sa, SiN, Sis sont le plus souvent anticipés : 13

Chapitre 7. Subordonnées sans subordonnant 13

  1. Les subordonnées non-spécifiques. 13
  2. Les subordonnées spécifiques. 14

Chapitre 8. Subordonnées à pseudo- subordonnant 15

Chapitre 9. Subordonnées à subordonnant 16

1er sous-groupe : 16

2ème sous-groupe : 17

  1. Les subordonnées hypothétiques. 17
  2. Les subordonnées de cause. 25
  3. Les subordonnées de temps. 26

Chapitre 10. L’apposition. 26

Chapitre 11. Le complément déterminatif 27

Chapitre 12. Les propositions relatives. 27

  1. Relatives au participe. 28
  2. Relatives avec verbe à une forme personnelle. 28

Chapitre 14 Les coordonnants. 28

  1. les coordonnants qui peuvent coordonner des nominaux (noms et pronoms) mais non des verbes : d, la…la, mad. 28

le coordonnant d. 28

le coordonnant la…la. 28

  1. le coordonnant aha. 29
  2. les coordonnants qui peuvent coordonner aussi bien des nominaux que des verbes. 29

le coordonnant ama…ama « soit…soit ». 29

le coordonnant wala « et non, plutôt que, ou ». 29

les coordonnants alternatifs nxD (var. nx) et mad. 29

Notes. 32

 

 

 

Notes

[1] J’utilise le système de notation suivant : voyelles a, i, u ; semi-consonnes w, y ; consonnes b, č, d, f, g, ǧ, h, ḥ, k, l, m, n, q, r, s, š, t, x, z, ž, ɣ, ɛ ; et ɛ notent les fricatives pharyngales sourde et sonore, x et ɣ les fricatives vélaires sourde et sonore, h la laryngale (aspiration), q l’occlusive dorso-uvulaire, r la vibrante apicale, č et ǧ les affriquées sourde et sonore. Le point sous la lettre note l’emphase ; le trait sous la lettre note la spirantisation (ex. ) ; le (ʷ) en exposant note la labiovélarisation de la consonne (ex.  kʷ, gʷ). Les majuscules notent les consonnes tendues

[2] Les numéros devant les exemples renvoient aux paragraphes de mon corpus.

[3] cf. fr. Je ne demande pas mieux que si ça dure (pour éviter la rencontre de deux que — comparatif et complétive) in Wartburg et Zumthor, Précis de sytaxe du français contemporain, § 110.

[4] Voir Fernand Bentolila, Les syntagmes verbaux dans les serments en berbère, Awal, 1969.

[5] cf en français la valeur hypothétique de l’inversion :

“Se mire-t-on près un rivage

Ce n’est pas soi qu’on voit” La Fontaine, Fables, VIII, 13.

[6] On trouve un tour analogue dans le français du 16° siècle:

“Qui ne les eût à ce vêpre cueillies,

Chutes à terre elles fussent demain”, Ronsard, Continuation des Amours.

[7] Voir Jean Chauvineau, La logique moderne, p. 14. Dans la disjonction (P ou Q), l’énoncé est faux si les propositions P et Q sont fausses à la fois. Il est vrai dans tous les autres cas. Dans l’exclusion réciproque (P ex Q), l’énoncé est vrai quand P et Q n’ont pas la même valeur logique, faux quand P et Q ont la même valeur.