Petite grammaire du berbère 1ère partie : les classes syntaxiques

 

Système de notation du berbère

 

J’utilise le système de notation suivant : voyelles a, i, u ; semi-consonnes w, y ; consonnes b, č, d, f, g, ǧ, h, ḥ, k, l, m, n, q, r, s, ʃ, t, x, z, ʒ, ɣ, ɛ ; et ɛ notent les fricatives pharyngales sourde et sonore, x et ɣ les fricatives vélaires sourde et sonore, h la laryngale (aspiration), q l’occlusive dorso-uvulaire, r la vibrante apicale, č et ǧ les affriquées sourde et sonore. Le point sous la lettre note l’emphase ; le trait sous la lettre note la spirantisation (ex. ) ; le (ʷ) en exposant note la labiovélarisation de la consonne (ex.  kʷ, gʷ). Les majuscules notent les consonnes tendues.

 

 

Ch. 1. Types d’énoncés

On distingue 3 types d’énoncés : les énoncés assertifs, les énoncés interrogatifs et les énoncés injonctifs. On parle soit pour donner une information (assertion), soit pour demander une information (interrogation), soit pour donner un ordre (injonction).

 

Ch. 2. Les verbes

 

1.     Le sujet du verbe

Un verbe, pour constituer un énoncé assertif ou interrogatif, doit être accompagné d’un indice personnel sujet.

  1. i-ṛaḥ « il est parti » ; t-ṛaḥ « elle est partie ».

L’indice personnel sujet i (3M), t (3F) peut être explicité par un nominal (nom ou pronom) : i-ṛaḥ uryaz « L’homme est parti » ; tṛaḥ tmṬut « la femme est partie ».

Pour simplifier l’exposé, je dirai que uryaz ou tmṬut est le sujet post-posé. Ce sujet peut aussi être antéposé : aryaz i-ṛaḥ « l’homme il est parti », tamṬut tṛaḥ « la femme, elle est partie »[1].

Retenons pour l’instant que la position non-marquée, toujours possible, c’est la post-position.

 

2.     Déterminants grammaticaux du verbe [2]  (DGV)

 

1.     Déterminants à valeur aspectuelle

Cette classe comprend trois unités : le prétérit (qui présente une variante PN avec la négation), l’aoriste et l’aoriste intensif. [3]

 

2.     Déterminants à valeur modale

Cette classe comprend 2 unités : La (le réel) et ad (le non-réel).

 

3.     Les grands traits du système verbal du berbère.

 

Le prétérit peut apparaître seul, mais l’aoriste et l’aoriste intensif sont, dans le cas le plus général, accompagnés d’un DGV à valeur modale (La avec AI, ad avec A ou AI), comme on le voit dans le tableau suivant où sont classés les syntagmes verbaux[4] qui apparaissent dans les énoncés assertifs ou interrogatifs, en tant que prédicats. Chaque SV est caractérisé par une formule abstraite désignant les déterminants présents dans le syntagme, puis exemplifié avec le verbe žr « jeter », à la 3ème personne du singulier.

 

TABLEAU DES SYNTAGMES VERBAUX

 

  SV POSITIFS SV NEGATIFS   correspondants
Réel P i-žru  “il a jeté” ur-PN[5] ur i-žri “il n’a pas jeté”
La-AI La  i-Gar  « Il a l’habitude de jeter / il est en train de jeter » uLi-AI ui Li-Gar   « il n’a pas l’habitude de jeter / Il n’est pas en train de jeter »
Non-réel ad-A ad  i-žr “il jettera” ur-AI ur i-Gar  “il ne jettera pas”
ad-AI ad  i-Gar   “il jettera”    (action répétée ou durative) ur-AI ur i-Gar  “il ne jettera pas”

 

On trouve dans la colonne de gauche quatre SV positifs qui s’opposent deux à deux : P et La – AI ont en commun une valeur de “réel” et s’opposent à ad – A et ad – AI qui ont en commun une valeur de non-réel, marquée par ad et rendue ici de façon conventionnelle par le futur français.

 

Le “réel” rapporte des faits réels qu’il ne situe pas dans le temps divisé : mais, étant donné la réalité des faits, il ne peut s’agir que de passés ou de présents. Les deux syntagmes verbaux du réel (P et La – AI) s’opposent l’un à l’autre par leur valeur aspectuelle : P (i-žru “il a jeté”) rapporte un procès accompli ou un fait précis sans considération de durée (idée verbale pure et simple) ; au contraire La – AI (La i-Gar) rapporte un procès “inaccompli” qui prendra suivant les contextes une valeur de duratif (“être en train de”) ou d’itératif (répétition, habitude). Cette opposition aspectuelle (P ~ La -AI) se maintient même si le verbe est accompagné de la négation : ur – PN (prétérit négatif) s’oppose ainsi à uLi – AI (SV négatif correspondant à La -AI).

 

Le “non-réel” regroupe différents signifiés dont le noyau commun est le caractère virtuel, abstrait, par opposition au caractère concret du réel. Le non-réel peut ainsi exprimer diverses nuances sémantiques : futur, éventuel, possible, probable, conditionnel, souhait. Dans le non-réel on oppose deux SV positifs : ad – A et ad – AI ; ad – A exprime l’idée verbale pure et simple ; au contraire ad – AI exprime l’aspect duratif ou itératif. Quand le verbe est accompagné de la négation, on ne peut plus opposer ces deux aspects : on ne trouve que le seul SV ur – AI (ur iGar) qui sert de correspondant négatif aussi bien à ad i-žr qu’à ad  iGar ; on dit que l’opposition ad – A ~ ad – AI est neutralisée dans le contexte de la négation.

 

4.     Déterminants à valeur déictique

J’en viens maintenant aux particules d’approche et d’éloignement D et N ;
il s’agit de deux déterminants grammaticaux du verbe à valeur déictique. D indique un mouvement vers « l’ici réel ». J’appelle « ici réel » la position réelle, effective du locuteur au moment de l’énonciation. En fait, tout se passe comme si le locuteur divisait l’espace en deux portions, l’une englobant l’ici réel, et l’autre englobant tout le reste. Suivant les cas, cet ici réel pourra être très étroit, limité à la petite portion d’espace qu’occupe le locuteur, ou élargi jusqu’à la maison, le quartier, la ville, le pays, la terre entière. La valeur fondamentale de N est “là-bas, pas ici où je parle”. D’emploi plus rare que D, il est plus expressif. Il peut avoir le sens d’un locatif, ou indiquer une direction.

– – – – – – – – – – –

 

Pour bien décrire leur signifié respectif, il ne faut pas se contenter d’opposer
D / N terme à terme, mais avoir recours en outre aux oppositions D / zéro et N / zéro.

Dans la majorité des cas, les commutations sont possibles mais à condition de changer, ou le contexte, ou la situation. La plupart du temps, donc, ce n’est pas le libre choix du locuteur qui dicte l’emploi de D ou de N, mais bien un ensemble de contraintes objectives appartenant, soit à la situation, soit au contexte.

J’ai ainsi dégagé un certain nombre de facteurs pertinents.

 

Pour la situation, ce qui compte, c’est :

* En premier lieu, la position respective des protagonistes du procès d’énonciation (locuteur et interlocuteur) ; quelquefois, ce qui est pertinent, ce n’est pas la position actuelle du locuteur mais sa position passée ou future.

* En second lieu, la position respective des protagonistes du procès de l’événement (actants).
Par exemple, si nous avons deux personnes X et Y et un locuteur Z alignés ainsi,  X___Y___Z :

Le procès « X regarde Y » sera orienté avec ; mais le procès « Y regarde X » ne pourra pas être orienté avec D.

 

Pour le contexte, ce qui compte c’est, d’une part le contenu sémantique du verbe déterminé par D / N et, d’autre part, le développement organique du récit.

 

Muni de ces instruments d’analyse, j’ai réexaminé toutes les occurrences de
D / N de mon corpus (environ 300 pages dactylographiées), en faisant varier chaque fois tous les facteurs pertinents, l’un après l’autre, pour déterminer dans chaque cas le facteur ou la combinaison de facteurs qui justifiaient la présence de D ou de N.

J’ai ainsi obtenu un classement des valeurs et emplois de D et de N, que je présente ici. Dans un souci didactique, pour aider le lecteur non berbérisant à saisir d’emblée les phénomènes étudiés, je n’ai pas donné le texte berbère des exemples.

 

1. Valeurs et emplois de D

 

1) Référence à un ici réel

J’appelle ici réel, la position réelle, effective du locuteur au moment de l’énonciation. En fait, tout se passe comme si le locuteur divisait l’espace en deux portions, l’une englobant l’ici réel, et l’autre englobant tout le reste. Suivant les cas, cet ici réel pourra être très étroit, limité à la petite portion d’espace qu’occupe le locuteur, ou élargi jusqu’à la maison, le quartier, la ville, le pays, la terre entière.

(165) “le blé de l’étranger va entrer D” (= dans notre pays)

(886) “le cosmonaute est revenu D” (= sur la terre)

D’une façon plus générale, les mouvements du ciel vers la terre, (oiseaux qui fondent sur une proie au sol), ou des profondeurs de la terre vers la surface du sol, sont orientés avec D, (remontée d’un puits, émergence des plantes qui poussent).

 

2) Absence de référence à un ici réel

 

a) Syntagmes semi-figés

Par exemple le verbe “sortir” est presque toujours accompagné de D, comme si l’action de sortir était perçue par un observateur situé à l’extérieur. D ici donne à l’action un caractère concret, souligne l’émergence ; au contraire, “sortir” sans D prend un sens abstrait, général, (“quitter, abandonner”).

Autres ex : “se lever, croître, naître, puiser, traire, enlever, retirer”.

“il t’a vu D avec les jumelles”

(901) ” et il le filme D

 

b) D dans les récits (actualisant)

Dans les récits, D ne peut pas orienter vers un ici réel ; il sert alors à actualiser le procès : le narrateur décrit l’action comme vue de face. Il y a là tout un jeu subtil mais qui se laisse lire clairement grâce au seul contexte, grâce à ce qu’on peut appeler “le développement organique du récit” :
cf en fr. “Madame Bovary alla dans sa chambre où Charles vint la rejoindre”.

D se comporte alors comme un anaphorique, dont le référent est à chercher dans le contexte précédent ou suivant ; il signifie “vers le lieu en question”.
(950) “Mohand alla se poster près de la source; bientôt il aperçut une négresse qui montait D puiser de l’eau.”
(986) “quand par hasard il y a un mariage, les jeunes filles s’habillent bien D” (D = pour la circonstance, pour venir au mariage).

 

2. Valeurs et emplois de N

 

La valeur fondamentale de N est “là-bas, pas ici où je parle”. D’emploi plus rare que D, il est plus expressif. Il peut avoir le sens d’un locatif, ou indiquer  une direction, et les règles d’emploi varient en fonction de sa valeur.

 

1) Localisation

 

Quand il indique une localisation, N sert à souligner une opposition avec l’ici réel du discours, ou la scène principale du récit, ou à rejeter le locatif dans les lointains. Dans tous les cas, l’emploi de N suppose une division de l’espace en deux : un ici et un là-bas ou un ailleurs, une région proche et une région éloignée, un domaine connu et un domaine inconnu.

(238) “il est N ici chez des camarades” (tout près mais pas ici où nous parlons)

(424) “il moissonne par terre et dépique N dans le ciel”

(398) “il se retrouva N au pays des ogres”

(22) “il en sort beaucoup de pus qui était N à l’intérieur”
Avec des verbes comme “laisser” ou “rester”, N localise le procès à l’endroit où était précédemment l’actant principal :

(474) “il prépara le repas dans une marmite qu’il suspendit au plafond ; il lança un caillou sur la marmite : la viande tomba D, la sauce resta N (en haut).”

 

2) Direction

 

Quand N indique une direction, avec des verbes de mouvement comme “aller, arriver, apporter”, son emploi n’est plus laissé à la liberté du locuteur, il est soumis à certaines conditions :

  1. a) Le mouvement ne doit pas s’effectuer vers l’ici réel du locuteur.
  2. b) Le mouvement doit s’effectuer vers un endroit où j’étais, où je serai moi qui parle, ou bien vers un endroit où se trouvait, où se trouve mon interlocuteur.

(382) “pourquoi n’es-tu pas venu me retrouver N ?” (là-bas à l’endroit convenu où je t’attendais mais où je ne suis plus).

(50) “apportez-nous N de quoi faire du thé” (dans cette pièce où nous allons nous rendre).

Quand N indique que le mouvement se fait vers l’interlocuteur, cette valeur peut être précisée par le contexte (pronom de 2ème  personne), ou par la situation (conversation téléphonique ou lettre).

(778) “vous viendrez D chez nous, nous irons N chez vous”.

 

Je terminerai en rappelant l’intérêt que présente pour le linguiste le fonctionnement de din et du couple D / N. Après avoir dégagé pour din la valeur encore vivante de déictique de la 2ème personne, j’ai analysé ses emplois comme anaphorique et comme outil relatif. De même, pour D / N à partir d’une valeur première déictique se développent des emplois d’une subtilité et d’une complexité qui forcent notre admiration. Cette création de la langue berbère me paraissait tellement extraordinaire que j’ai mis longtemps, au cours de l’enquête, à l’accepter, multipliant les consultations de locuteurs natifs sur le même exemple : peine perdue ou plutôt peine gagnée car ils étaient tous d’accord. Libre au lecteur sceptique de reprendre à son compte ces investigations passionnantes !

 

5. Le cas du participe

 

Le verbe au participe ne peut pas constituer un énoncé assertif mais il apparaît dans des énoncés interrogatifs, dans les relatives et après le focalisateur ay.

Le participe se forme en préfixant i- et en suffixant -n au thème du verbe (A, P, PN, AI)[6].

Si le thème a une voyelle finale non-constante –i / -a le participe est en –an : bɣi/a « vouloir » ; ® i-bɣa-n.

Si le thème a une voyelle finale non-constante –i / -u le participe est en –in : žri/u « jeter » ; ® i-žri-n.

Je récapitule dans un tableau les SV au participe.

 

  SV POSITIFS SV NEGATIFS   correspondants
Réel P i-žrin ” ayant jeté” ur-N[7] ur i-žrin ” n’ayant pas jeté”
AI i-Garn « ayant l’habitude de jeter / étant en train de jeter » uLi-AI uLi  i-Garn « n’ayant pas l’habitude de jeter / n’étant pas en train de jeter »
Non-réel ɣa-A ɣa  i-žrn “devant jeter” ur-AI ur i-Garn « ne devant pas jeter »
ɣa-AI ɣa  i-Garn “devant jeter” (action répétée ou durative) ur-AI ur i-Garn « ne devant pas jeter »

 

 

6. Le cas de l’impératif

L’impératif sert à réaliser une opération énonciative particulière à savoir l’injonction.

Dans les injonctions positives on peut opposer 2 aspects (A vs AI) : žr « jette (une fois) » vs Gar « jette ! (duratif / itératif) ».

A la personne 2 (2ème sg) l’impératif positif se confond avec le thème de A ou de AI : žr, Gar ; le négatif se forme avec ad ur + AI : ad ur Gar.

A la personne 5 (2ème pl) l’impératif positif se forme en suffixant –m (pour le masculin) ou –nt (pour le féminin) au thème de A ou de AI : žrm, Garm vs žrnt, Garnt ; le négatif se forme avec ad ur + AI : ad ur Garm vs ad ur Garnt.

A la personne 4 (1ère  pl) l’impératif positif se forme en suffixant ax aux formes des personnes 2 ou 5 : žr-ax, žrm-ax, žrnt-ax ; au négatif ax se place entre ad ur et le thème du verbe : ad ur ax Gar, ad ur ax Garm, ad ur ax Garnt.

– – – – – – – – – – –

 

Ch. 3. Les noms

 

1.     Types d’énoncés

Les noms peuvent figurer dans des énoncés non-verbaux ou dans des énoncés verbaux :

énoncés non-verbaux : d aryaz « c’est un homme » ; ha tamṬut « voilà une femme » ; ism N-s muḥnd « son nom [est] Mohand ».

énoncés verbaux : iṛaḥ uryaz « l’homme est parti » ; uš aɣṛum i urba « donne du pain à l’enfant ».

 

2. Déterminants grammaticaux du nom (DGN).

 

1) Le pluriel

aɛLuš « l’agneau » vs iɛLušn « les agneaux ».

2) Les 6 DGN suivants sont en rapport d’exclusion mutuelle : kuL « tout, chaque », man « quel ? », flan-flani « tel » et les 3 déictiques –u, -iN, din :

aryaz-u « cet homme-ci » (près de moi ; aryaz-din « cet homme-là »  (près de toi) ; aryaz-iN « cet homme-là ».

3) ḍnin « autre » : aryaz ḍnin « un autre homme ».

4) kulši et qaḥ : qaḥ iɛLušn « tous les agneaux » ; uLi kulši » « tous les moutons ».

5) Les DGN de type « adverbial » : xas, hLi « seulement », ulad « aussi, même »

6) aK « tout »

 

3. La variation d’état

 

La majorité des noms présentent sous 2 formes qu’on appelle état libre (EL) et état d’annexion (EA) :

  1. aryaz (EL) vs uryaz (EA) : tamṬut (EL) vs tmṬut (EA).

 

4. Note sur le genre

 

Les choses en berbère se présentent un peu comme en français. Le genre n’est pas une unité ; il ne fait pas l’objet d’un choix. Mais les noms se répartissent en 2 groupes morphologiques : les noms masculins et les noms féminins, ce qui entraîne des conséquences sur le plan formel (accord en genre).

D’autre part il existe un affixe t…t qui permet de dériver des noms féminins. Cet affixe a 2 valeurs : « femelle » ou « diminutif ».

asrdun « le mulet » ® t-asrdun-t « la mule »

ažrtil « la natte » ® t-ažrtil-t « la petite natte »

amGṛd « la nuque difforme » ® t-amGṛT « la nuque (normale) ».

La majorité des noms féminins sont des dérivés en t…t. Les autres sont peu nombreux : iMa « la mère », iLi « la fille », uLi « les brebis ».

– – – – – – – – – –

 

 

Ch.4. Les nominaux numéraux

 

1.     Types d’énoncés

Les nominaux numéraux peuvent figurer dans des énoncés non-verbaux ou dans des énoncés verbaux :

énoncés non-verbaux : d snat « c’est deux» ; ha tlata « en voici trois».

énoncés verbaux : ṛaḥn snat « deux sont partis ».

 

2. Déterminants grammaticaux des nominaux numéraux.

 

1) Les nominaux numéraux peuvent recevoir les mêmes déterminations que les noms, sauf celle du pluriel :

snat-u « ces deux-ci » ; tlata ḍnin « trois autres » ; qaḥ tlata « tous les trois ».

2) Seuls 3 numéraux multipliables peuvent être déterminés par le pluriel :

alf « mille » ® pl. alaf ; mlyun « million » ®pl. Lmlayn ; mlyaṛ « milliard » ® pl. Lmlayṛ.

3) Les numéraux peuvent être déterminés par les adverbes xas, hLi « seulement » et ulad « aussi, même ».

4) Seuls 3 numéraux présentent la variation d’état :

« un » ® EA yiĞ ; išt « une ® EA yišt ; alf « mille » ® EA walf (pl alaf / walaf).

 

3. Liste des unités

 

Unités simples :

iĞ ; snat ; tlata ; ṛbɛa ; xmsa ; sTa ; ṣbɛa ; tmaNya ; tsɛa ; ɛšra ; mYa « cent » ; alf « mille » ; mlyun « million » ; mlyaṛ « milliard ».

Toutes les autres unités sont dérivées à partir des unités simples, à l’aide des suffixes –ayn « deux », –in « dizaine », –aɛŠ « plus dix », ou composées à partir des unités simples ou des unités dérivées. La dérivation et la composition reposent sur 2 opérations : la multiplication et l’addition. Les multipliables sont mYa, alf, mlyun, mlyaṛ (cent, mille, million, milliard).

  • Les nombres de 1 à 9 peuvent être additionnés aux dizaines ; l’unité précède la dizaine : « 24 » ® ṛbɛa u ɛšrin.
  • Les nombres de 1 à 19 et les dizaines peuvent être additionnés (post-posés) aux nombres multipliables : « 101 » ® mYa d iĞ; « 125 » ® mYa d xmsa u ɛšrin ; « 3851 » ® tlt alaf d tmn mYa d waḥd u xmsin.

4. Les nominaux ordinaux

 

Ils se forment à partir du pronom wi « celui », à l’aide de la préposition s :

« deuxième » ® wi s snat ® wiSnat.

– – – – – – – – – – – –

 

Ch. 5. Les pronoms personnels

 

1. Types d’énoncés

 

Le verbe, pour constituer un énoncé doit être acompagné d’un pronom personnel sujet : i-ṛaḥ « il est parti ».

Les présentatifs d et ha peuvent constituer des énoncés non-verbaux avec les pronoms personnels :

d nČint « c’est moi » ; ha šKint « voilà toi ® te voilà ».

 

2. Déterminants

 

1) Les pronoms personnels de sens pluriel (personnes 4, 5 et 6) peuvent être déterminés par kulši et qaḥ « tous » :

xMm di-sn kulši « pense à eux tous ® pense à tous les [oiseaux] ».

La zdɣn di-snt qaḥ « ils habitent dans elles toutes ® ils les habitent toutes ».

  • Les pronoms personnels peuvent être déterminés par les adverbes xas, hLi « seulement » et ulad « aussi, même ».

 

3. Morphologie

Les pronoms personnels se présentent soit sous une forme ténue (indices personnels) soit sous une forme étoffée de pronoms indépendants. Les indices personnels ont des formes différentes selon qu’ils sont sujet, objet, régime indirect, régime d’une préposition, complément d’un nom de parenté ou d’un nom ordinaire. Les « formes étoffées » ont un double statut : elles apparaissent après d et ha dans les énoncés non-verbaux, ou comme régimes des prépositions bla « sans » ou am « comme » ; soit elles constituent, en combinaison avec les indices personnels, ce qu’on pourrait appeler « les pronoms personnels emphatiques ».

  1. i-ṛaḥ « il est parti » vs i-ṛaḥ nTa «  il est parti lui ».

zṛix t « je l’ai vu » vs zṛix t nTa « je l’ai vu lui ».

tamurt Nx « notre pays » vs tamurt Nx nČni « notre pays à nous ».

Pour faciliter l’exposé je numérote les personnes de 1 à 6 : 1 pour je ; 2 M pour tu masculin ; 2 F pour tu féminin ; 3 M pour il ; 3 F pour elle ; 4 pour nous ; 5 M pour vous masculin ; 5 F pour vous féminin ; 6 M pour ils ; 6 F pour elles.

 

 

 

Tableau des pronoms personnels

 

  sujet objet régime indirect régime de préposition après nom
de parenté
après nom formes étoffées
1    — x i i i zéro inw nw nČ / nČint
2 M
2 F
t — d
t — d
š / Š
šm / Šm

am
š
m
š
m

Nm

nm
šK / šKint
šM / šMint
3 M
3 F
i —
t —
t
T
as

s

s

Ns

ns

nTa / nTan
nTat
4 M
4 F
n — ax ax nx tnx Nx nx nČni
nČninti
5 M
5 F
t — m
t — nt
šwn / Šwn
šnt / Šnt
awn
ašnt
wn

šnt

twn
tšnt
Nwn
nšnt
nwn šNi
šNinti
6 M
6 F
   — n
— nt
tn
tnt
asn
asnt
sn
snt
tsn
tsnt
nsn
nsnt
  nitni
nitnti

 

– – – – – – – – –

Ch. 6. Les pronoms wi / ti « celui / celle »

 

1.     Déterminants obligatoires

 

Ces pronoms ne peuvent figurer dans l’énoncé que s’ils sont déterminés par les démonstratifs –u, -iN -din ou par un complément déterminatif.

wi + u ® wu ; wi + iN ® wiN; wi + din ® udin

– avec complément déterminatif : wi n tmut « celui de la femme » ; wi N-s « celui de lui ® le sien ».

 

2.     Enoncé non-verbal

 

Comme les noms, ils peuvent constituer un énoncé non-verbal avec les présentatifs d et ha : d wi n tmṬut « c’est celui de la femme » ; ha wi n tmṬut « voici celui de la femme ».

 

3.     Déterminants

 

Les pronoms wi /ti peuvent être déterminés par

  • les démonstratifs –u, -iN -din
  • un complément déterminatif
  • le pluriel : wi / yi « celui / ceux » ; ti / ti « celle / celles ».
  • qaḥ et kulši « tous ».
  • xas, hLi « seulement »
  • ulad « aussi, même »

 

4. Morphologie des pronoms démonstratifs wu, wiN, udin.

 

  Singulier pluriel
wu   M

F

wu

tu

yin-u

tin-u

wiN  M

F

wiN

tiN

yin-iN

tin-iN

udin   M

F

udin

tDin

yi-din

ti-din

 

5. Morphologie des pronoms possessifs.

 

objet possédé masculin féminin
Singulier Pluriel Singulier Pluriel
Personnes        
1 wi-nw yini-nw ti-nw tini-nw
2. M

2. F

wi-Nš

wi-Nm

yini-Nš

yini -Nm

ti-Nš

ti -Nm

tini-Nš

tini -Nm

3 wi-Ns yini -Ns ti -Ns tini -Ns
4 wi -Nx yini -Nx ti -Nx tini -Nx
5. M

5. F

wi -Nwn

wi -nšnt

yini-Nwn

yini-nšnt

ti -Nwn

ti -nšnt

tini -Nwn

tini -nšnt

6. M

6. F

wi -nsn

wi -nsnt

yini -nsn

yini -nsnt

ti -nsn

ti -nsnt

tini -nsn

tini -nsnt

 

 

– – – – – – – – – –

 

Ch. 7.  ay

 

ay, à l’origine un pronom qui a la valeur de ce, s’emploie le plus souvent  comme outil de mise en relief, de focalisation : « c’est…qui / que ».

 

1. Les pronoms démonstratifs de valeur neutre

Comme les pronoms wi / ti « celui, celle », ay se combine avec les démonstratifs –u, -iN -din pour former les pronoms démonstratifs de valeur neutre ayu « ceci », ayiN, adin « cela » qui complètent ainsi le paradigme des formes M et F dérivées de wi / ti.

 

M F N
wu tu ayu
wiN tiN ayiN
udin tDin adin

 

2. Enoncé non verbal

ayu « ceci », ayiN, adin « cela » peuvent constituer un énoncé non verbal avec les présentatifs d et ha, ou après un nominal présenté ou non par d :

d uma-s adin « c’est son frère cela ® c’est son frère » ; asfar ayu « ceci est un remède ».

 

3. Focalisateur

tiN ay as ižin ša « celle-là, ce à elle ayant fait quelque chose ® c’est celle-là qui lui a fait quelque chose ».

anẓaṛ ay Sa yuwy iBa « c’est la pluie que mon père a emportée d’ici »

aMn ay TGn qaḥ miDn « c’est ainsi qu’ils font tous »

ɣr-i ay N iṛaḥ « c’est chez moi qu’il est allé »

 

4. Présence de ay obligatoire

Avec les 2 adverbes interrogatifs mlmi « quand » et mism « comment », la présence de ay est obligatoire, figée :

mlmi ay uḍant ? « quand est-ce qu’elles furent démolies ? ».

 

– – – – – – – –

 

Ch. 8. Les pronoms interrogatifs

 

1. Les unités

Cette classe comprend 3 unités : wi « qui ? », may « qui, que ? » et maTa « quoi ? ».

Le nominal mšḥal « combien ? » sera rangé avec les quantitatifs comme bZaf « beaucoup ».

Ces 3 pronoms peuvent remplir les mêmes fonctions que les noms, mais ils ne peuvent pas recevoir les mêmes déterminations que les noms ; une seule exception, maTa peut être déterminé par ḍnin : maTa iḍnin ?« quoi d’autre ? ».

Ces 3 pronoms peuvent figurer aussi bien dans une interrogation directe que dans une interrogation indirecte.

 

2. Le verbe est au participe ou à un mode personnel.

wi et may peuvent être en relation avec un verbe au participe ou à un mode personnel.

 

1) participe

wakid-s imuN ? « qui avec elle étant allé, ® qui l’a accompagnée ? ».

Si l’on partait du français, on pourrait dire que le participe est la seule façon de rendre les tours où qui fonctionne comme sujet du verbe.

 

2)     verbe à un mode personnel.

wi dẓṛid ? « qui as-tu vu ? »

may dẓṛid ? « qu’as-tu vu ? »

wi ɣr tLa lfalTa ? « qui chez est la faute ? ® qui est fautif ? »

ma x tsald ? « quoi sur tu interroges ® que demandes-tu ? »

 

3. maTa en énoncé non verbal

 

maTa peut constituer un énoncé non verbal avec un nominal au complément déterminatif ou simplement à l’EA.

 maTa uydin ? « qu’est-ce que c’est que ça ? »

maTa uryaz-u ? « qu’est-ce que c’est que cet homme ? »

maTa n tɛYalin-u ? « qu’est-ce que c’est que ces femmes ? »

 

– – – – – – – – –

 

Ch. 9. Les pronoms indéfinis

 

Cette classe comprend 3 unités : ḥD « quelqu’un », ša « quelque chose » et walu « rien ».

Ces unités ont un comportement syntaxique analogue à celui des noms, mais elles ne peuvent pas recevoir les mêmes déterminations que les noms (exception faite de ḍnin « autre » : ḥD iḍnin, ša iḍnin).

Elles peuvent constituer un énoncé non verbal avec les présentatifs d et ha.

Elles peuvent déterminer des verbes :

ad ibna ḥD taDart « quelqu’un peut construire une maison ».

 

– – – – – – – – –

 

Ch. 10.  Les quantitatifs

 

Cette classe comprend 6 unités : ṛbɛT « quelques-uns », šwi « quelques-uns, un peu », bZaf « beaucoup », mšḥal ? « combien ? », bzayd, ktṛ « davantage ».

Ces unités ont un comportement syntaxique analogue à celui des noms.

Elles peuvent constituer un énoncé non verbal avec les présentatifs d et ha.

Elles peuvent déterminer des verbes.

Elles peuvent être déterminées par un nom :

Lant bZaf n tɛYalin « il y a beaucoup de femmes ».

mšḥal Lwašun ay ɣNx iLan ? « combien d’enfants y a-t-il chez nous ?

mšḥal insmiR ay di-s nẒaṛ ? « combien de touches est-ce que nous y voyons ? »

 

– – – – – – – – –

 

Ch. 11.  Les pronoms totalisants

 

Cette classe comprend 3 unités : kulši « tous, tout », kuliĞ, kuLha « chacun ».

Ces unités ont un comportement syntaxique analogue à celui des noms.

Elles peuvent constituer un énoncé non verbal avec les présentatifs d et ha.

Elles peuvent déterminer des verbes :

kuliĞ La iTawy D ša « chacun apporte quelque chose ».

 

– – – – – – – – –

 

Ch. 12.  Les présentatifs

 

Cette classe comprend 2 unités : d « c’est » (et son correspondant négatif uliD « ce n’est pas » et ha « voici ».

d et ha peuvent constituer un énoncé non verbal avec les nominaux :

noms : d aryaz ; ha tamṬut

numéraux : d snat ; ha tlata.

pronoms personnels : d šKint ; ha šKint.

wi / ti : d wu ; ha wu ; d wi n tmṬut ; ha wi N-s ; d adin ; ha-y-adin.  

quantitatifs : ha ṛbɛT n tudrin « voici quelques-unes de maisons ® voici quelques maisons ».

Remarque.

ha peut présenter une interrogative indirecte :

ha may Nan « voilà ce qu’ils ont dit » ; ha mism ay džu « voilà comment elle est ».

– – – – – – – – –

 

Ch. 13. Les marqueurs d’interrogation totale (à réponse oui / non) : ma et is « est-ce que ? ».

 

ma et is permettent d’interroger sur un énoncé, verbal ou non-verbal, présenté par d.

ma ižru, is ižru ? « a-t-il jeté ?

ma d aryaz ? « est-ce un homme ? » vs izd aryaz ? « est-ce que c’est un homme ? »

ma admet tous les SV de la « position libre » : voir § 2.2. Tableau des syntagmes verbaux

Contrairement à is, ma n’entraîne pas l’anticipation des pronoms personnels régimes et de D / N.

is exige l’effacement de La devant AI.

ma ne peut pas alterner avec is dans le cas d’un énoncé non-verbal du type {préposition+ pronom personnel / nom} :

is di-s ul ? « a-t-il du cœur ? »

is ur ɣr-š Nmra n Škʷila Nš ? « est-ce que tu n’as pas le numéro de ton école ? »

– – – – – – – – –

 

Ch.14. La négation

 

J’étudierai dans l’ordre les 3 unités : ur, urĞiN, usar.

 

1.     ur

  • ur peut nier un énoncé non-verbal à présentatif d: d aryaz vs uliD aryaz « ce n’est pas un homme ».

ur peut nier un énoncé verbal ; tous les SV de la position libre et du participe sont possibles :

ur ižri ; uLi iGar ; ur iGar ; aryaz din ur ižrin , uLi iGarn, ur iGarn.

 

  • Variante ur…ša

Le pronom indéfini ša « quelque chose », figurant en énoncé négatif avec ur, peut garder sa fonction propre de nominal :

ur iLi ša « il n’y a rien » (ša est sujet)

ur i iNi iBa ša « mon père ne m’a rien dit » (ša objet).

Mais dans d’autres cas, on ne peut pas faire de ša un objet, soit parce que le verbe n’admet pas d’objet, soit parce que le verbe a déjà un objet :

ur inžiḥ ša « il n’a pas réussi » (le verbe inžiḥ est intransitif)

uLi ax inQ ša « [le froid] ne nous tue pas ®nous ne souffrons pas du froid » (ax « nous » est l’objet du verbe).

ša tend donc à se grammaticaliser comme auxiliaire de négation, c’est-à-dire que ur…ša commence à fonctionner comme une variante libre de ur (cf. français ne…pas).

 

2.     urĞiN

 

En combinaison avec ĞiN « jamais, quelque jour », ur donne le composé urĞiN « ne…jamais » qui ne peut déterminer qu’un verbe au P :

urĞiN ufix tamLalt Lbaz « je n’ai jamais trouvé d’œuf de faucon ».

 

3.     usar

usar « ne…jamais, ne…plus » ne peut déterminer qu’un verbe au PN, AI ou ad-A / AI :

usar ɣr sn nKi « nous n’irons plus jamais chez eux » (noter le sens futur de usar + PN).

ad as t inix Tafa usar ad iɛawd « je le lui dirai pour qu’il ne recommence plus ».

 

4.     Opposition urĞiN vs usar

 

Ces 2 unités correspondent au français ne…jamais. Mais la première est réservée au réel, et la seconde au non-réel, c’est-à-dire qu’on retrouve ici un conditionnement analogue à celui qui oppose les subordonnants zGa / azGa à aDay / ald et aussi le coordonnant alternatif mad à nxD.

  1. Certains locuteurs refusent l’énoncé suivant :

urĞiN swix Šṛab, usar t swix « je n’ai jamais bu de vin, je n’en boirai jamais ».

A la place, ils diraient urĞiN swix Šṛab, ɛmṛ-i ur t Sx. Ils opposent ɛmṛ-i ur Tašrx « je ne volerai jamais » (aucune référence à un vol déjà commis) vs usar uširx « je ne volerai plus jamais » (l’énoncé implique que j’ai déjà commis un vol).

 

– – – – – – – –

CH. 15. aK

 

aK peut déterminer des noms,  des composés nominaux en din, des unités interrogatives ; il précède le terme qu’il détermine. Le syntagme obtenu a le sens d’un relatif indéfini et introduit une subordonnée.

1. Noms et pronoms en din

 

aK ne peut déterminer qu’un nom ou un pronom(udin, tDin, adin) au singulier suivis d’un participe ou d’un verbe à sujet personnel :

aK aryaz iKin “tout homme qui est passé”

aK udin iKin   “tous ceux qui sont passés”

uš i  aK adin tbɣid  Lflus “donne-moi la quantité d’argent que tu veux”.

 

2. Unités interrogatives

aK peut déterminer aussi bien des nominaux interrogatifs, que le DGN interrogatif man ou des adverbes interrogatifs.

 

2.1. Nominaux interrogatifs wi, may, maTa, mšḥal

La TSarix aK wakd ufx

“je me promène avec celui quel qu’il soit que je trouve”

tili di-s tuža aK may tɛna

« il y a de l’herbe de quelque genre qu’elle soit » ® “il y a des herbes de toutes sortes”

d ad iṛẓ aK may žix “il cassera tout ce que je ferai”

L’ensemble du syntagme aK may + le verbe žix peut être antéposé et repris par un pronom personnel objet :

aK may žix, d ad t iṛ“quoi que je fasse,  il le cassera”

aK maTa Wawal iNa, La dṢn miDn “quoi qu’il dise, les gens rient”

uš i Iflus aK mšḥal ay tufd

“donne-moi de l’argent, le peu que tu trouveras”

 

2.2. Le DGN man

La nSḥafad x snt zi aK man žiha urya ax Tḍaɛnt

“nous protégerons les bêtes de tous les côtés pour ne pas les perdre”

aK man žiha Kix, xḍix    “où que je passe, je me trompe”

 

2.3. Les adverbes interrogatifs mani, mlmi, mšḥal, mism.

aK mani T ufix, ad T xdmx “où que je trouve du travail,  je travaillerai”

aK mlmi D tṛaḥd, d ad i D tafd “à quelque moment que tu viennes, tu me trouveras”[8]

iž ayu aK mism ay tbɣid “fais cela de la façon qui te plaira”

 

2.4. tour idiomatique

On trouve un tour idiomatique avec deux termes corrélatifs qui se présupposent l’un l’autre (aK ur d’une part et uɛSa de l’autre) :

 

aK ur inžiḥ udin ixDmn, uɛSa udin uLi iTqṛan

“même celui qui travaille n’a pas réussi, à plus forte raison celui qui n’étudie pas”

aK uLi iSɣad urba ɣYBa-s, uɛSa ɣr ḥD ur iSin

“l’enfant n’écoute même pas son père, à plus forte raison quelqu’un qu’il ne connaît”.

– – – – – – – – –

 

Ch. 16. Les adverbes

 

1. Peut-on parler d’adverbes en berbère ?

 

Comme pour beaucoup d’autres langues, il est difficile de donner une définition opératoire de l’adverbe en berbère.  Mais, en même temps, on ne peut pas se passer d’une telle dénomination, d’une telle catégorisation. Plutôt que de donner une définition a priori, il vaut mieux procéder empiriquement ; partir des unités candidates et décrire leur fonctionnement.

Pour ma part, j’aimerais privilégier l’approche fonctionnelle et définir des adverbes par leurs possibilités de relations.

Mais disons-le tout de suite, pas plus qu’en français, cette théorie fonctionnelle ne peut aboutir à établir des classes bien définies et fiables. Malgré cela, les résultats qu’elle livre ne sont pas négligeables.

Tout d’abord, comment repérer ces unités candidates ? Bien sûr, il y a des équivalences de langue à langue malgré les différences apparentes. Et puis, il faut rappeler la parenté de beaucoup d’adverbes avec les unités autonomes d’André Martinet. On constate, en effet, que les langues mettent en œuvre trois procédés pour indiquer la fonction des unités : la place, l’indicateur de fonction, l’autonomie.

On dit qu’une unité est « autonome » quand elle contient en elle-même l’indication de sa fonction ; hier, par exemple en français, ce n’est pas seulement le jour qui précède celui-ci, il signifie en outre « dans ce jour, pendant ce jour », c’est-à-dire que quand il détermine un verbe, il implique par son sens même que le procès prend place dans cet espace de temps ; il comprend en lui-même un indicateur de fonction (dans, pendant…). Il en va de même pour l’adverbe de lieu ici qui signifie « dans ce lieu-ci »

Toutes les unités autonomes ne sont pas des adverbes. Certains noms peuvent fonctionner de façon autonome, exemple : le matin, je vais à la plage.  Beaucoup d’auteurs soulignent la parenté entre certains adverbes et des circonstants.

C’est à dessein que j’ai commencé par les adverbes de temps et les adverbes de lieu. Ils sont les plus faciles à repérer ; mais en même temps, il faut signaler qu’ils sont très particuliers et très proches des noms. Ils peuvent se suffire à eux-mêmes (autonomie), mais ils peuvent aussi bien être gouvernés par un indicateur de fonction (préposition).

2. Adverbes de lieu et de temps

En berbère les adverbes de lieu da « ici », diN « là-bas » et dis « à l’endroit en question » peuvent être gouvernés par les prépositions ɣr « vers » et zi « venant de » : ɣr da « vers ici », Sa « d’ici » ; ɣr diN « vers là-bas », SiN « de là-bas » ; ɣr dis « vers là », Sis « de là ».

Il en va de même pour les adverbes de temps iḍu « aujourd’hui », aSu « actuellement », iḍNat, aSNaṭ « hier », asliḍ « avant-hier », duČa « demain », iḌiniN « ce jour-là », azdɣat « l’année dernière », lmal « l’année prochaine », lxtu « maintenant », Linat « tout à l’heure (passé) », et kuYas, wahli « autrefois ».

Comme on le voit, ces adverbes du berbère ont un comportement analogue à celui de leurs correspondants français. Et cette analogie n’a rien de surprenant car le contenu sémantique conditionne ici la syntaxe.

Dans les adverbes interrogatifs, outre le lieu et le temps, on trouve la cause et la manière :

mani « où », mlmi « quand », maymi « pourquoi », mism « comment ».

Reste le cas de mšḥal « combien ? » qui, comme son correspondant français, fonctionne aussi bien comme un adverbe que comme un nominal :

Vous savez combien il se réjouit de votre succès vs combien de livres avez-vous ?

3. Composés démonstratifs

Je le rappelle, je ne retiens pas de critère morphologique pour définir les adverbes. Par suite, il n’y a aucune raison de refuser le statut d’adverbe à des composés démonstratifs comme aMu « comme ceci », aMN « comme cela » et aMidin « comme cela, ainsi » qui présentent la variation d’état : iž s waMu d waMu « fais comme ceci et comme cela ».

4. Adverbes de nom

Comme en français, on trouve en berbère une unité « adverbiale » spécifique du nom : il s’agit de ulad « aussi, même ». Tant et si bien que si l’on veut rendre le français il a même couru, on a recours à la figure étymologique avec le nom d’action correspondant au verbe : ulad tarula irwl T « même la course, il l’a courue ». Cette fois-ci, le terme d’adverbe ne convient pas du tout ; mais, faute de mieux, je le garde et, oubliant l’étymologie, je parlerai d’« adverbe de nom ». Notons qu’en français si est étiqueté comme adverbe d’intensité alors qu’il ne peut déterminer que des adjectifs ou des adverbes : il est si grand ; il court si vite.

Il faut aussi mettre à part le cas de xas et de hLi « seulement » qui peuvent déterminer aussi bien des noms que des verbes :

ad ax dž xas uČu « elle nous fera seulement du couscous ».

iwa xas Susm « allons, tais-toi seulement ».

5.   Prépositions fonctionnant comme des adverbes

Il est à noter que certaines prépositions peuvent fonctionner comme des adverbes ; les berbérisants parlent d’«emploi absolu » :

axam abṚan ɣr iQn uyis aziza « une tente noire à est attaché un cheval vert ® à laquelle est attaché… ».

taydiT zi Tzun ibubušn « une chienne de (d’où) aboient des chiots ».

On le voit, la séquence {préposition + verbe} fonctionne comme une subordonnée relative qui détermine le nom antécédent (axam ou taydiT).

6.   Adverbes divers

Je donne maintenant la   liste des adverbes que j’ai relevés dans mon corpus et que je range sous des rubriques sémantiques quand c’est possible. On notera que beaucoup d’entre eux sont empruntés à l’arabe.

Lieu : awN « par là-bas »

Temps : ɛlaḥal « bientôt », ziš, bkri « tôt », daymn, dima « toujours » mṚa « parfois » alturu, dax « encore », bɛda « d’abord », ɛad « alors », ušan, mnbɛd « ensuite », maḥD « aussi longtemps ».

Quantité ; bZaf « beaucoup, très », šwi « un peu », bzayd, ktṛ « plus », qaḥ « tout à fait ».

Valeur modale : imkn, ɛlayn « peut-être », labuDa, walabuDa « nécessairement », bSif « obligatoirement », uɛSa « bien loin que, à plus forte raison », šwiT « presque, il s’en est fallu de peu ».

Charnières logiques : mɛna « c’est-à-dire », axi « ainsi donc, certes », zix, hiya « donc », ḥaqiqa, ḥQn « en effet », iwḶa « certes, vraiment », lfayda « bref », lḥasul, lḥasuli « enfin, au fond, finalement », maniš « or », ɛlaḥQ « car, en effet », walayNi, maša, šwi « mais ».

 

Je n’ai pas classé les adverbes suivants :

dɣya « vite », mliḥ « bien », Nišan « exactement », kamam « malgré tout, quand même », žmiɛ « ensemble », Nit « justement », qDidi « tout nu », ḥẒudi « nu », sabḥṛa « avec peine ».

Le cas de is / ma et de ur.

Je ne caractérise pas is / ma « est-ce-que ? » comme « adverbes d’interrogation », mais comme marqueurs d’énonciation interrogative ».

Traiter ur avec les autres adverbes n’apporte aucune lumière sur son fonctionnement : je préfère dire tout simplement « la négation ur ».

 

– – – – – – – – –

 

7.     Conclusion

 

Ce survol d’un chapitre difficile de la grammaire berbère doit peut-être nous inciter à aborder à nouveau le problème des interactions du berbère et de l’arabe, et aussi à procéder à des comparaisons entre les différents dialectes berbères, des comparaisons précises de microsystème à microsystème : par exemple, les adverbes interrogatifs, les adverbes déictiques de lieu, les adverbes de temps, les adverbes à valeur modale etc…

 

 

– – – – – – – – –

 

Ch. 17. Les prépositions

 

Dans les prépositions je distingue 2 classes suivant qu’elles peuvent gouverner un pronom interrogatif ou non.

 

1.    Classe des prépositions qui peuvent gouverner un pronom interrogatif.

 

Les prépositions de cette classe peuvent gouverner tous les nominaux (noms et pronoms) et en particulier les pronoms interrogatifs et l’unité ay. Elles exigent l’EA du nom régi :

akd uryaz / tmṬut « avec l’homme / la femme »

wi ɣr traḥd « chez qui es-tu allé ? »

d aryaz a ɣr traḥd « c’est chez un homme que tu es allé ».

Elles peuvent aussi figurer dans des relatives sans marque (« emploi absolu ») ou après un antécédent déterminé par u, iN, din.

aryaz ɣr ṛaḥx inix as « homme chez je suis allé je dis à lui >tout homme chez qui je me rends, je lui dis… »

Snx aryaz din ɣr tṛaḥd « je connais l’homme chez qui tu es allé ».

 

Les unités :

Cette classe comprend 7 prépositions : akd « avec », ɣr « vers, chez », x « sur », i / mu « à, pour », i / di « dans », s « au moyen de, par suite de », zi « de, depuis, à partir de ».

 

2.   Classe des prépositions qui ne peuvent pas gouverner un pronom interrogatif.

 

Les prépositions de cette classe peuvent gouverner tous les nominaux (noms et pronoms) autres que les pronoms interrogatifs et l’unité ay. Elles ne peuvent pas figurer dans les propositions relatives. Ce qu’on trouve, c’est le tour avec i / mu qui amorce un rapport précisé ensuite par la préposition et un pronom personnel régime :

taDart din mu iLa dFir as « la maison par rapport à laquelle il se trouvait derrière elle > la maison derrière laquelle il se trouvait ».

Ces prépositions exigent la forme complément déterminatif du nom qu’elles régissent :

dFir uryaz, dFir n tmṬut « derrière l’homme, derrière la femme »

tanila uryaz, tanila n tmṬut « en face de l’homme, en face de la femme ».

Je distingue 2 sous-groupes ; le premier gouverne un pronom personnel régime indirect, le second un pronom personnel complément déterminatif.

 

2.1.  pronom personnel régime indirect.

Ce groupe comprend 8 unités : dFir « derrière », Daw « sous », Niž « au dessus de », Šil « malgré », Tṛf « à côté de », zdat « devant », awNi « au-delà », awrDi « en deçà ».

Ex. dFir as « derrière lui»,

 

 2.2. pronom personnel complément déterminatif.

Ce groupe comprend 6 unités : afLa « en haut », aMas « parmi », anšt « de la taille de », tanila « en face de », bṚa « en dehors de », lžwayh « aux environs de ».

Ex. tanila n-s « en face de lui ».

 

3.      al « jusqu’à », bla « sans », qbl « avant ».

 

Avec al, bla, qbl le nom régi reste à l’état libre, et le pronom personnel a la « forme étoffée » :

bla tamṬut « sans la femme », bla šKint « sans toi ».

 

4.     žar « entre », am « comme ».

Ces 2 prépositions exigent l’EA du nom régi :

žar tɛYalin « entre les femmes », am uryaz « comme l’homme».

Avec žar le pronom personnel régi a la forme régime indirect : žar asn « entre eux »

Avec am le pronom personnel régi a la « forme étoffée » : am šKint « comme toi ».

 

– – – – – – – – –

 

Ch. 18. Les subordonnants.

 

Très souvent en berbère la relation qui unit 2 propositions n’est pas marquée par un subordonnant (« conjonction de subordination »). On parlera alors de parataxe : les 2 propositions sont simplement juxtaposées, l’articulation est liée ; le lien logico-sémantique qui les unit est porté par le seul contexte.

On trouve aussi des « pseudo-subordonnées » où le lien de dépendance est indiqué par le marqueur d’énonciation interrogative is, le pronom démonstratif udin, ou encore des unités dont le statut est difficile à définir : hLi, nTa, maḥD, ɛlaḥQ ; les 3 premiers se rapprochent des adverbes, le 4ème des coordonnants de phrase. A la différence des subordonnants, ces pseudo-subordonnants n’entraînent pas l’exclusion de l’indicateur de thème (sujet antéposé) et n’exercent pas les mêmes contraintes sur la forme du SV qu’ils régissent ni sur la place des pronoms personnels régime indirect et objet et des déictiques D / N.

Je différencie les vrais subordonnants de ces pseudo-subordonnants en m’appuyant sur les 3 critères formels suivants :

  • exclusion de l’indicateur de thème (sujet antéposé)
  • effacement du DGV La devant AI
  • anticipation des « satellites » (pronoms personnels régime indirect et objet et déictiques D / N).

1er sous-groupe :

qbl « avant que », baš, Tafa « pour que », urya « de peur que », mliD « si ».

Ces subordonnants ne peuvent régir que les SV du non-réel c’est-à-dire ad-A, ad-AI, et ur-AI. Donc seul le 1er critère peut s’appliquer ici : si l’on veut expliciter le sujet du verbe de la subordonnée, on ne peut le faire que sous la forme d’un complément explicatif (sujet post-posé) :

baš ad iṛaḥ uryaz « pour que l’homme s’en aille »

L’indicateur de thème (sujet anté-posé) est exclu :

*baš aryaz ad iṛaḥ.

 

2ème sous-groupe :

mš, mr « si », waXa « même si », aMani « comme si », is « que, parce que », ani « parce que », kud « tant que », zGwis « depuis que », aDay « quand », ald, xas ald « jusqu’à ce que », zGa « quand », azGa « jusqu’à ce que ».

 

– – – – – – – – –

 

Ch. 19. Les coordonnants

 

Je distingue 2 groupes suivant la nature des segments coordonnables.

Le 1er groupe peut coordonner les nominaux ; il comprend les unités d « avec, et », la…la « et…et », mad « ou », nxD « ou », ama…ama « soit…soit », wala « et non, ou ».

Le 2ème groupe peut coordonner les verbes ; il comprend les unités aha « et », nxD, ama…ama, wala.

L’intersection de ces 2 groupes est constituée par les unités nxD, ama…ama, et wala qui peuvent coordonner aussi bien des noms que des verbes.

 

Comme la coordination concerne aussi bien la nature des termes coordonnés que leur fonction, elle fera l’objet d’une étude plus approfondie dans la syntaxe.

 

– – – – – – – – –

 

Ch. 20. Les marqueurs de thème.

 

Bien que le berbère n’ait pas de thématiseur spécifique, il peut emphatiser le thème antéposé en ayant recours à des unités comme d ou i qui ont ailleurs un fonctionnement différent (d a une valeur d’emphase ou d’insistance, i est aussi une préposition à valeur de datif) mais qui, ici, jouent un rôle que je propose d’assimiler à celui de marqueurs de thème.

 

1. d marqueur de thème après is “c’est que, est-ce que, que, parce que”.

 

is présente différents emplois qu’on peut classer ainsi : le point de départ serait le statut de présentatif (“c’est”) permettant de mettre en relief un prédicat verbal ou d’actualiser un prédicat non verbal. A partir de là, on expliquerait l’emploi comme outil d’interrogation totale par l’intonation interrogative

. En outre, is peut jouer le rôle de subordonnant introduisant une proposition substantive (“que”) ou causale (“parce que”).

 

(1) is outil d’interrogation totale

 

Après is “est-ce que ?”, l’anticipation du thème entraîne obligatoirement le marqueur de thème d.

ex : izd arba n ḥMu, tLa  ɣr š Tswiṛa-Ns? “est-ce que le fils de Hammou, tu as sa photo ?” ® “le fils de Hammou, est-ce que tu as sa photo?”

Si on supprime l’anticipation du thème , le marqueur de thème d disparaît : is  ɣr š tLa  Tswiṛa urba n ḥMu?

ex : izd  ɛli d aryaz ? “est-ce que Ali, c’est un homme ?”

 

(2) is introduisant une proposition substantive

 

Nan ad asn nɛtn izd iLi tsn ur dži am išt ḍnin… “ils veulent leur montrer que leur fille, elle n’est pas comme une autre…”

Si on supprime l’anticipation du thème iLi “fille”, le marqueur de thème d disparaît : Nan ad asn nɛtn is ur dži iLi tsn am išt ḍnin

2. i marqueur de thème

i, comme marqueur de thème, apparaît dans les énoncés interrogatifs (que l’interrogation soit marquée par une unité spécifique, ou par la seule intonation). On retiendra ici deux schémas structuraux qui concernent plus particulièrement notre propos :

i + nom (ou nominal)

i + nom (ou nominal) + énoncé interrogatif

 

i + nom

 

i-y-ayt warzazat ?  “et les gens de Ouarzazate ?”

On a l’impression, dans ce type d’énoncé, que le locuteur se contente de poser un thème pur (non suivi de rhème) en même temps qu’il en fait la matière d’une interrogation.

. Le contexte éclaire et précise la question : on parle des dialectes des différentes tribus du Maroc. On peut comparer avec le français où un énoncé comme et Marie ? peut signifier bien des choses suivant le contexte et la situation.

 

(2) i + nom + énoncé interrogatif

 

i waman, qṛfn di-s mad ihi ?  “et l’eau, elle y est fraîche ou non ?”Dans cet exemple, on ne se contente pas de lancer un thème pur comme dans le cas précédent ; on précise l’information recherchée.

N.B. Sans vouloir faire de cette convergence une preuve en faveur de mon hypothèse, il est intéressant de noter que dans ces contextes, deux langues à thématiseur spécifique,le japonais et le coréen, présentent  le thématiseur (jap.wa , cor.  nun).

  1. mari wa taberu. taro wa ? “Marie, elle mange. Et Taro ?”

mari ga sagoa lul mug nunda. suji nun ? “Marie mange une pomme. Et Suji ?”

Le chinois ne dispose pas d’un thématiseur spécialisé comme le japonais ou le coréen; mais la particule ne  qui apparaît dans ce contexte  peut être considérée comme un thématiseur.

  1. (Pierre est allé en vacances en Grèce.) Mali ne ? “Et Marie ?”

 

3. Thématisation dans les SV dépendants ou dans les propositions subordonnées.

 

J’étudierai successivement les SV complétant un verbe, les interrogatives indirectes et la proposition substantive introduite par is “que”.

 

3.1 SV compléments

 

Soit le schéma structural SV1 + SV2 où SV2 complète le noyau SV1

ex : qDx ad awix aryaz “je-peux (futur) j’épouse homme”-> “je peux j’épouserai l’homme”

-> “je peux épouser l’homme”.

 

Dans cet exemple, le SV2 ad awix “j’épouserai” complète le SV1 qDx “je peux”. On peut thématiser aryaz, l’objet de ad awix, en l’antéposant (avec le marqueur de thème i) et en le reprenant par le pronom objet anaphorique t : qDx i uryaz ad t awix “je-peux, en-ce-qui-concerne homme, (futur) lui-(objet) j’épouse” ® “l’homme, je peux l’épouser”.

Notons que le nom thématisé (aryaz) peut être remplacé par un pronom interrogatif (ma “qui ?”) ; dans ce cas, le marqueur de thème se présente sous la forme mu (variante de i) :

ma mu tqDd ad t tawid ? “qui en-ce-qui-concerne tu peux (futur) lui-(objet) tu épouses ?” ® “en-ce-qui-concerne qui tu peux tu l’épouseras® “qui peux-tu épouser ?”.

Le pronom personnel t reprend ici le pronom interrogatif ma, comme il reprenait uryaz dans l’exemple précédent.

On a une construction parallèle avec le verbe isin “savoir”

  1. : Snx i taDart Nun ad T bnix “je-sais en-ce-qui-concerne maison de-vous (futur) elle-objet je-construis” ® “je sais construire votre maison”.

 

Remarque.

Signalons ici que le caractère peu étoffé, quasi vide de la préposition i la rend apte à exprimer des valeurs très variées et aussi à servir de relai, dans des constructions relatives ou interrogatives, pour amorcer un rapport qui sera précisé ensuite par une autre préposition accompagnée d’un pronom personnel ayant le même référent que le pronom interrogatif ou l’antécédent de la relative.

  1. : mu mi tLid dFir as “qui en-ce-qui-concerne tu-étais derrière lui” ® “par rapport à qui tu étais derrière lui” ® “derrière qui étais-tu ?”
  2. : twaɛd lmalik din mu ixla lɛṣkṛ Ns “elle-alla-trouver roi lequel en-ce-qui-concerne elle-a-péri armée de-lui ® “elle alla trouver le roi à propos duquel [on sait que] son armée avait péri ® “… dont l’armée avait péri.”

 

On trouve en français un emploi du relatif dont tout à fait comparable à cette construction du berbère, dont “recevant, selon les termes de Grevisse,

un sens comme “au sujet duquel” et l’antécédent étant rappelé par un pronom dans la proposition conjonctive.”

  1. Un luxe dont j’imagine aujourd’hui qu’il devait être affreux. (F. Mauriac)

Je me débarrasse (des livres) dont je suis à peu près sûr que je ne les lirai plus jamais. (J. Green)

Qu’on parle ici de “complément circonstanciel de propos” comme le fait Grevisse, ou de thème, le rôle de dont (amalgame du relatif et de la préposition de) reste celui d’un relais pour amorcer un rapport qui sera précisé ensuite par un pronom personnel sujet (il) ou complément (les).

 

 3.2.  Les interrogatives indirectes et les propositions substantives : le cas de la prolepse.

 

On trouve dans ces contextes un phénomène analogue à ce que la tradition désigne sous le nom de prolepse. Ainsi, Marouzeau parle de prolepse “lorsqu’un terme se trouve enclavé dans une construction antérieure à celle qui lui appartient (dans lat. illum rogo quis sit = rogo quis ille sit, illum est dit proleptique).”

Et pour Ragon et Renauld, la prolepse “consiste à faire du sujet du verbe subordonné le régime du verbe principal”. Ils citent l’exemple suivant :

oιsθα Euθuδημον oπoσous oδoνταs εХει “sais-tu combien Euthydème a de dents?”

 

On trouve cette anticipation aussi en berbère et dans les mêmes contextes, c’est-à-dire dans les interrogatives indirectes et dans les propositions substantives introduites par is “que”.

ex : ad iẓiṛx tamṬut may džu “futur je vois femme quoi elle fait”-> “je verrai la femme, ce qu’elle fait”-> “je verrai ce que fait la femme”.

Le tour correspondant (sans prolepse) serait : ad iẓiṛx may džu tmṬut

où l’indicateur de thème tamṬut (état libre) est remplacé par un complément explicatif tmṬut (état d’annexion).

 

La prolepse peut apparaître aussi avec une proposition substantive introduite par is “que” :

  1. : ufix awal-u is iɣuda “je-trouve parole-cette que elle-est-bonne” -> “je trouve cette parole bonne”.
  2. : wiGSN buṛBu iz d Dwa n tifḍliwin ? “qui-savait l’escargot que c’est remède de verrues ?” -> qui savait que l’escargot est un remède contre les verrues ?”

 

Aussi bien dans les exemples tirés du grec et du latin que dans ceux du berbère, il me semble que l’analyse en termes de thématisation éclaire mieux les faits à l’étude qu’une simple description formelle comme celle que proposent Ragon et Renauld quand ils constatent que la prolepse fait “du sujet du verbe subordonné le régime du verbe principal.”

– – – – – – – – –

 

Ch. 21. Les mots-phrases

 

Réponse positive :

yah, Yih « oui », waXa « d’accord ».

Réponse négative :

la, lalal, ihi « non ».

– – – – – – – – –

 

Ch. 22. Les unités asyntaxiques.

 

Les unités que je regroupe ici ne constituent pas une classe. Il s’agit en gros d’interjections ou d’onomatopées. Sans doute l’épithète « asyntaxique » est-elle excessive pour beaucoup de ces unités qui peuvent se relier aux autres éléments du contexte où elles figurent. Pour présenter ces unités disparates, j’emprunterai à Lucien Tesnière les principales rubriques de sa classification sémantique.

 

1.     Unités impératives

Formules de politesse.

ɛafaš « s’il te plaît, merci »

Apostrophe :

a, aha « ô, hé, ohé ».

Appel à l’auditeur :

qli « rappelle-toi, tu sais », ah ? « hein », mah ? « pourquoi », yaš ? « n’est-ce pas ? » awru « dis donc », šuf « écoute ».

Ordres, commandements :

rwaḥ « allons », axaš « tiens ! » xaṛaš « attention », yaLah « allons, vas-y », iwa « allez, allons ».

Formules de salut :

Sbaḥ lxiṛ « bonjour ! », ms lxiṛ « bonsoir ! », tnsid as i lman « dors en paix », ahlal « salut, heureux de te voir », wasahll « sois le bienvenu », mrḥba Nš « sois le bienvenu », Ḷah iɛawn « Dieu aide », Salam ɛli k /kum « salut à toi, à vous », Salam u rḥmatu Ḷah « salut et bénédiction de Dieu ».

Formules de malédiction :

tiqT Nš « brûlure de toi ®maudit sois-tu, que le diable t’emporte ! », ɛnda x-š « malheur à toi, tant pis pour toi ! »

Cris pour commander les bêtes :

ax ax pour appeler un chien, ksi ksi pour appeler un chiot

qṢ  pour chasser un chien vs mṛS pour chasser un chien abrhuš (lévrier, sloughi)

biš biš pour appeler un chat, b pour chasser un chat

Ra pour faire marcher un âne ou un mulet, Ša pour arrêter ou chasser un âne ou un mulet

ḌaṢš pour arrêter ou chasser un cheval

kuw kuw pour faire boire les moutons ou les chèvres, ɛaw ɛaw pour donner du sel aux moutons ou aux chèvres, bSi bSi pour appeler les chèvres, tšiw pour chasser les chèvres ou les mettre en route, ryi à une chèvre qui bouge quand on la trait

dbu dbu pour appeler les moutons, uṢš pour chasser les moutons.

 

2.     Unités émotives (jurons)

ḥY « merde ! malheur ! », xzit « zut ! merde ! », Tfu « merde ! », pour marquer le dégoût », ṛBi « Dieu ! », tixt « remords de toi ®bon sang ! bon Dieu ! », ayhay « oh là là ! »

 

3.     Onomatopées

Baw « boum ! » pour évoquer un grand bruit, un coup de fusil ou de canon, Taḥ bruit du coup de fusil, tṣik tṣik bruit de la pluie, ṬẒ, ṬṚ bruit du pet.

 

– –

Table des matières

 

 

Ch. 1. Types d’énoncés. 1

Ch. 2. Les verbes. 1

  1. Le sujet du verbe. 1
  2. Déterminants grammaticaux du verbe   (DGV) 2
  3. Déterminants à valeur aspectuelle. 2
  4. Déterminants à valeur modale. 2
  5. Les grands traits du système verbal du berbère. 2
  6. Déterminants à valeur déictique. 4
  7. Le cas du participe. 9
  8. Le cas de l’impératif 10

Ch. 3. Les noms. 10

  1. Types d’énoncés. 10
  2. Déterminants grammaticaux du nom (DGN). 11
  3. La variation d’état 11
  4. Note sur le genre. 11

Ch.4. Les nominaux numéraux. 12

  1. Types d’énoncés. 12
  2. Déterminants grammaticaux des nominaux numéraux. 12
  3. Liste des unités. 12
  4. Les nominaux ordinaux. 13

Ch. 5. Les pronoms personnels. 13

  1. Types d’énoncés. 13
  2. Déterminants. 14
  3. Morphologie. 14

Ch. 6. Les pronoms wi / ti « celui / celle ». 15

  1. Déterminants obligatoires. 15
  2. Enoncé non-verbal 15
  3. Déterminants. 16
  4. Morphologie des pronoms démonstratifs wu, wiN, udin. 16
  5. Morphologie des pronoms possessifs. 16

Ch. 7.  ay. 17

  1. Les pronoms démonstratifs de valeur neutre. 17
  2. Enoncé non verbal 17
  3. Focalisateur 18
  4. Présence de ay obligatoire. 18

Ch. 8. Les pronoms interrogatifs. 18

  1. Les unités. 18
  2. Le verbe est au participe ou à un mode personnel. 19

1) participe. 19

2)     verbe à un mode personnel. 19

  1. maTa en énoncé non verbal 19

Ch. 9. Les pronoms indéfinis. 19

Ch. 10.  Les quantitatifs. 20

Ch. 11.  Les pronoms totalisants. 20

Ch. 12.  Les présentatifs. 21

Ch. 13. Les marqueurs d’interrogation totale (à réponse oui / non) : ma et is « est-ce que ? ». 21

Ch.14. La négation. 22

  1. ur 22
  2. urĞiN.. 23
  3. usar 23
  4. Opposition urĞiN vs usar 23
  5. 15. aK.. 24
  6. Noms et pronoms en din. 24
  7. Unités interrogatives. 24

2.1. Nominaux interrogatifs wi, may, maTa, mšḥal. 24

2.2. Le DGN man. 25

2.3. Les adverbes interrogatifs mani, mlmi, mšḥal, mism. 25

2.4. tour idiomatique. 25

Ch. 16. Les adverbes. 25

  1. Peut-on parler d’adverbes en berbère ?. 26
  2. Adverbes de lieu et de temps. 27
  3. Composés démonstratifs. 27
  4. Adverbes de nom.. 28
  5. Prépositions fonctionnant comme des adverbes. 28
  6. Adverbes divers. 28
  7. Conclusion. 29

Ch. 17. Les prépositions. 30

  1. Classe des prépositions qui peuvent gouverner un pronom interrogatif. 30
  2. Classe des prépositions qui ne peuvent pas gouverner un pronom interrogatif. 31

2.1.       pronom personnel régime indirect. 31

2.2. pronom personnel complément déterminatif. 31

  1. al « jusqu’à », bla « sans », qbl « avant ». 31
  2. žar « entre », am « comme ». 32

Ch. 18. Les subordonnants. 32

Ch. 19. Les coordonnants. 33

Ch. 20. Les marqueurs de thème. 34

  1. d marqueur de thème après is “c’est que, est-ce que, que, parce que”. 34

(1) is outil d’interrogation totale. 34

(2) is introduisant une proposition substantive. 35

  1. i marqueur de thème. 35

i + nom.. 35

(2) i + nom + énoncé interrogatif 36

  1. Thématisation dans les SV dépendants ou dans les propositions subordonnées. 36

3.1 SV compléments. 36

3.2.  Les interrogatives indirectes et les propositions substantives : le cas de la prolepse. 38

Ch. 21. Les mots-phrases. 39

Ch. 22. Les unités asyntaxiques. 39

  1. Unités impératives. 40
  2. Unités émotives (jurons) 41
  3. Onomatopées. 41

 

– – – – – – –

 

 

Notes

 

[1] Lionel Galand voit là 2 fonctions différentes : il désigne aryaz (sujet antéposé) comme un indicateur de thème et uryaz (sujet post-posé comme complément explicatif.

[2] Désormais je dirai DGV pour déterminants grammaticaux du verbe.

[3] Désormais je dirai P pour prétérit, A pour aoriste et AI pour aoriste intensif.

[4] Désormais je dirai SV pour syntagme verbal. Un SV comprend un lexème verbal accompagné d’un ou plusieurs déterminants.

[5] PN désigne par abréviation le prétérit négatif. Il s’agit d’une simple variante du prétérit c’est-à-dire de la forme que prend le prétérit quand le verbe est accompagné de la négation.

[6] J’appelle thème l’amalgame du radical du verbe et de son déterminant aspectuel, à savoir A, P, PN, AI.

[7] PN désigne par abréviation le prétérit négatif. Il s’agit d’une simple variante du prétérit c’est-à-dire de la forme que prend le prétérit quand le verbe est accompagné de la négation.

[8] II faut noter le comportement particulier de mlmi dans ce contexte. On sait que mlmi, mšḥal et mism en énoncé interrogatif sont obligatoirement suivis du monème ay; or, au contraire de mšḥal et mism qui observent cette règle aussi dans les constructions avec aK, mlmi est ici construit sans ay; précisons même que ay est exclu dans ce contexte avec mlmi.